Météore et statistiques

Une banquette de voiture et la météorite qui l’a traversée. (source: Commons)

Une curieuse nouvelle fait un peu parler d’elle depuis quelques jours: un parachutiste aurait filmé un météore qui l’aurait frôlé (voir la vidéo ci-dessous). La première idée est évidemment de se demander s’il ne s’agit pas d’un “faux”, un hoax comme on dit.

En fait, l’histoire est totalement vraisemblable.

Réglons rapidement la question du “mais un météore c’est brillant”.

Quand un météore pénètre notre atmosphère, il voyage à une vitesse de plus de 250.000 km/h (75 km/s) et est violemment ralenti par la friction qui provoque un grand dégagement de chaleur et de lumière. Mais c’est là une phase qui se passe à plus de 20.000 mètres d’altitude. Si le météore n’est pas volatilisé par la chaleur, il finit par ralentir jusqu’à la vitesse maximale d’un objet en chute libre dans l’atmosphère, c-à-d entre 300 et 600 km/h. C’est sa période “vol sombre”, encore jamais capturée par une caméra, et c’est la vitesse à laquelle il voyage sous les 20.000 mètres jusqu’à ce qu’il atteigne le sol.

Le truc surprenant que j’ai appris en faisant quelques recherches est que tous les jours, environ 150 météores de plus de 10 grammes atteignent le sol de notre planète! Et parmi ces 150, une dizaine pèsent plus de 1 kilogramme! Évidemment, la probabilité d’une  rencontre telle qu’elle a été filmée reste extraordinairement faible, mais comme le signale le site futura-science, la multiplication des humains filmeurs, équipés d’un enregistreur sur la tête, voire de Google Glass, rend la rencontre plus facile.

Et donc: vidéo vraisemblable, le type a apparemment eu beaucoup de chance (et a failli avoir beaucoup de malchance, à quelques mètres près).

Note: il existe une explication alternative à ce film, un bout de caillou pris dans le parachute et qui serait tombé au moment de l’ouverture. La question reste ouverte.

La vidéo:

Futurologie

Le Vif de cette semaine consacre un article intéressant aux prévisions que Isaac Asimov avait fait en 1964 pour 2014, et à leur étonnante exactitude.

Asimov, pour ceux qui ne connaissent pas, c’est un des écrivains qui a transformé la littérature de science-fiction dans les années ’40, et qui est resté, jusque dans les années ’70, un des grands de cette littérature (il était considéré comme un des “Trois Grands” à côté de Robert Heinlein et de Arthur Clarke). Les trois lois de la robotique de “I, Robot“, c’est lui.

Docteur et enseignant en biochimie, Asimov n’était pas qu’un écrivain et son horizon ne se limitait pas à la science-fiction, mais quand il envisageait l’avenir, sa vison était étonnamment prophétique.

Ainsi, en 1964, il décrivait assez fidèlement le monde de 2014 comme un monde commençant à souffrir de surpopulation et ayant atteint un niveau technique qui ressemble fort à ce que nous connaissons, très éloignés des délires technologiques que ce genre d’exercice donne généralement.

L’article du Vif rappelle qu’en 1988, Asimov faisait une description étonnante de ce que serait internet dans une interview. Bien sûr il est un peu optimiste quant à l’usage culturel et éducatif qui serait fait d’internet, mais un peu d’optimisme ne fait jamais de tort.

En tout cas, ses vues sur l’éducation sont fascinantes (“si quelqu’un s’intéresse tellement au basket ball, qu’il recherche tout ce qui concerne le basket ball, il pourrait bien être amené à s’intéresser aux mathématiques ou à la physique pour en comprendre certains aspects” – à quoi j’ajouterais la stratégie).

J’ai aussi relevé aussi cette intervention de Asimov qui date de 1989.

Alors qu’on lui demande quel est selon lui le fait scientifique le plus important de 1988, il déclare que c’est là un exercice difficile, car seule une perspective historique permet de dire ce qu’était l’événement important à un certain moment…mais il poursuit en disant que l’événement de 1988 est, selon lui, la prise de conscience de l’existence de l’effet de serre. 1988 est effectivement l’année au cours de laquelle l’ONU a créé le GIEC. Mais il fallait avoir une sacrée capacité de mise en perspective pour pointer cela comme le fait le plus important de l’année !

 

C’est beau la science !

John Mainstone photographié devant son expérience en 1990 (Commons)

John Mainstone photographié devant son expérience en 1990 (Commons)

John Mainstone, ancien directeur du département de physique de l’université du Queensland, vient de discrètement mourir à l’âge de 78 ans. Son nom ne vous dit sans doute rien, mais est-ce que vous vous souvenez de cette annonce, au mois de juillet, de la réussite de “l’expérience de la goutte de poix“, l’expérience la plus ancienne au monde?

Mais si, souvenez-vous, cette expérience destinée à mesurer l’écoulement d’une goutte de poix, et qui avait duré près de 70 ans !

Eh bien John Mainstone a suivi pendant 52 ans cette expérience qui lui a valu un prix Ig Nobel qu’il avait reçu avecThomas Parnell, le créateur de l’expérience en 1927.

Outre un rappel de cette expérience étrange, l’événement nous permet donc de nous remémorer les prix Ig Nobel, prix décernés aux recherches les plus improbables, dont le nom est un jeu de mots entre “ignoble” et “prix Nobel”.

Par exemple en 2012, le Ig Nobel de physique Physique a été délivré à des chercheurs qui avaient calculé les forces en action dans une queue de cheval humaine.