Hurricane Carter innocent?

Le décès de Hurricane Carter est l’occasion, pour la presse unanime, de parler de Bob Dylan et de nous apprendre que Hurricane Carter était innocent.

Quelques faits doivent être rappelés:

  • Carter avait eu quelques ennuis dans sa jeunesse pour avoir attaqué un homme (notamment un coup de couteau) pour le voler.
  • Il nous est présenté comme un boxeur dont la carrière était prometteuse, en fait dès 1963, sa carrière de boxeur s’étiolait, avec impact sur ses revenus.
  • Sans rentrer dans les détails du dossier, les témoignages (notamment des autres accusés) et les preuves désignant Carter comme un des participants de l’attaque meurtrière de 1966 étaient indirects mais assez solides (par exemple, les douilles correspondant aux armes utilisées retrouvées dans sa voiture qui correspond à la description de la voiture utilisée par les assassins) , même si certains témoignages ont varié avec le temps.
  • Carter fut une première fois condamné en 1967.
  • Notamment suite à un témoignage ayant changé, un nouveau procès eut lieu en 1976. Les jurés, parmi lesquels deux noirs, condamnèrent à nouveau Carter. Parmi les éléments de ce second procès, certains des témoins ayant joué le rôle d’alibi pour Carter étaient revenus sur leur témoignage (en fait, aucun élément ne fût jamais présenté à l’appui de l’innocence de Carter).
  • En 1985, un juge libéra Carter sur base du fait que selon lui, la condamnation avait résulté du racisme.
  • Quasiment 20 ans s’étant écoulé depuis les faits, le procureur estima ne plus avoir aucune chance d’obtenir une condamnation.

Alors, innocent? Possible. Mais possible aussi qu’il ait tout simplement habilement profité du mouvement des droits civiques et s’en soit finalement tiré en jouant la carte du racisme, un peu comme cet autre sportif célèbre qui s’en est tiré de la même façon?

 

Météore et statistiques

Une banquette de voiture et la météorite qui l’a traversée. (source: Commons)

Une curieuse nouvelle fait un peu parler d’elle depuis quelques jours: un parachutiste aurait filmé un météore qui l’aurait frôlé (voir la vidéo ci-dessous). La première idée est évidemment de se demander s’il ne s’agit pas d’un “faux”, un hoax comme on dit.

En fait, l’histoire est totalement vraisemblable.

Réglons rapidement la question du “mais un météore c’est brillant”.

Quand un météore pénètre notre atmosphère, il voyage à une vitesse de plus de 250.000 km/h (75 km/s) et est violemment ralenti par la friction qui provoque un grand dégagement de chaleur et de lumière. Mais c’est là une phase qui se passe à plus de 20.000 mètres d’altitude. Si le météore n’est pas volatilisé par la chaleur, il finit par ralentir jusqu’à la vitesse maximale d’un objet en chute libre dans l’atmosphère, c-à-d entre 300 et 600 km/h. C’est sa période “vol sombre”, encore jamais capturée par une caméra, et c’est la vitesse à laquelle il voyage sous les 20.000 mètres jusqu’à ce qu’il atteigne le sol.

Le truc surprenant que j’ai appris en faisant quelques recherches est que tous les jours, environ 150 météores de plus de 10 grammes atteignent le sol de notre planète! Et parmi ces 150, une dizaine pèsent plus de 1 kilogramme! Évidemment, la probabilité d’une  rencontre telle qu’elle a été filmée reste extraordinairement faible, mais comme le signale le site futura-science, la multiplication des humains filmeurs, équipés d’un enregistreur sur la tête, voire de Google Glass, rend la rencontre plus facile.

Et donc: vidéo vraisemblable, le type a apparemment eu beaucoup de chance (et a failli avoir beaucoup de malchance, à quelques mètres près).

Note: il existe une explication alternative à ce film, un bout de caillou pris dans le parachute et qui serait tombé au moment de l’ouverture. La question reste ouverte.

La vidéo:

Quelle est la presse la plus crédible?

Le traitement d’une information encore peu connue pour l’instant me donne une excellente occasion d’analyser l’approche des divers médias.

L’information est la suivante: une conversation téléphonique du 26 février dernier entre Urmas Paet, ministre estonien des affaires étrangères et Catherine Ashton, haut représentant de l’Union européenne pour les affaires étrangères, a été enregistrée et rendue publique le 5 février. Vous pouvez écouter la totalité de la conversation ici.

Lors de cette conversation, Urmas Paet y évoque des informations qui lui ont été donnée par une certaine Olga, un médecin, selon lesquelles il y aurait eu des victimes du(des) même(s) sniper(s) des deux côtés (manifestants et police) et que le nouveau pouvoir, en refusant d’investiguer, accréditerait la thèse de snipers ne travaillant pas pour le président Lanoukovich mais bien pour des personnes de la coalition.

L’information, telle qu’elle est actuellement, est extrêmement intéressante pour l’analyse des medias pour la raison suivante: tout le monde, aussi bien nous que les medias, part avec le même matériau de base, une conversation téléphonique qui a fuité et dont l’authenticité est confirmée (par Paet lui-même).

Rendue publique le 5 mars, voici comment cette information est traitée au  6 mars par les medias.

Commençons par CNN, qui rapporte l’information en constatant en titre que l’appel téléphonique “soulève des questions au sujet de qui était derrière les snipers en Ukraine“.

L’article de CNN rapporte les éléments essentiels, à savoir

  • que Paet rapporte une conversation qu’il a eue avec une certaine Olga, qu’il dit être médecin, et qui lui aurait dit que selon elle les snipers auraient tué  de la même façon manifestants et policiers;
  • que Paet lui-même est troublé par le fait que la coalition en place ne veut pas enquêter sur le sujet, et que cela l’amène à faire un lien entre ces faits et le fait que nombreux seraient ceux qui envisagent un lien entre quelqu’un de la coalition et les snipers.

CNN rapporte que la réaction de Ashton est d’abord d’étonnement et ensuite qu’il faut investiguer.

Outre le contenu même de la conversation, CNN indique ne pas avoir pu confirmer l’identité de “Olga”, mais indique que selon l’agence Novosti, ce serait Olga Bogomolets, un médecin interviewé par CNN il y a un mois, alors qu’elle disait  traiter des victimes de snipers professionnels (cette information donnée par CNN remet peut-être en cause l’exactitude de l’identité donnée par Novosti mais, en tout cas, souligne une apparente contradiction dans les déclarations de Bogomolets, s’il s’agit bien d’elle).

Enfin, CNN indique ne pas avoir obtenu de réaction des autorités ukrainiennes, ni de Paet (sauf pour dire “ne tirez pas trop de conclusion de cet échange”) ou d’Ashton.

Bref: une analyse purement factuelle qui donne toutes les informations importantes sans donner des informations absentes et en indiquant les points incertains ou encore ouverts.

Du côté des medias russes, on trouve par exemple Russia Today (RT.com) qui annonce la couleur dès le titre: “Les snipers de Kiev ont été engagés par le leaders de Maidan“.
Bien sûr, le premier problème est ce titre, qui, outre qu’il considère comme établi ce qui n’est qu’un soupçon rapporté par ouï-dire par Paet, fait le lien entre les snipers les “leaders de Maïdan”, ce qui est totalement absent de la conversation (qui parle de “quelqu’un de la coalition au pouvoir”).

Le contenu de l’article lui-même semble poser moins de problème, même si sa structure laisse à désirer: ainsi, il mentionne dès le début les doutes de Paet au sujet du lien snipers-coalition, et ne mentionne que après le contenu relatif au Dr Olga. Ce faisant, l’article inverse la ligne du temps de la conversation Paet-Ashton de sorte que la conversation avec Olga semble être une confirmation supplémentaire du doute émis par Paet, alors qu’elle est à l’ origine de ce doute.

Bref: un traitement subtilement biaisé qui transforme des interrogations de Paet en une affirmation résumée dans le titre de l’article.

Le reste des medias russes est moins subtil:

La voix de la Russie, en français, ne s’embarrasse même pas de ces subtilités et se borne à donner, comme information, une contre-information: “Selon Urmas Paet, les personnes qui ont trouvé la mort à Kiev des deux côtés ont été tuées par les mêmes snipers qui auraient été engagés par les leaders de Maïdan.” (pour ceux qui n’auraient pas suivi: ce n’est pas Paet qui dit cela, il rapporte les dires de quelqu’un d’autre, par ailleurs il ne parle pas des leaders de Maydan, mais bien de personnes de la coalition).

Dans la même ligne ou à peu près, Novosti affirme que Paet a déclaré “que selon toute vraisemblance, les leaders de l’opposition ukrainienne ont recruté les snipers qui ont tiré sur les manifestants et les policiers lors des troubles à Kiev“. On cherchera en vain dans les paroles de Paet une affirmation aussi péremptoire.

The Guardian adopte une attitude quasi symétrique à RT: quoique son article soit plus factuel et moins biaisé, le titre n’en est pas moins: “Une conversation enregistrée révèle l’existence d’une théorie de la conspiration au sujet des snipers de Kiev“, ce qui, vu l’aura qui entoure le concept de théorie de la conspiration, relègue toute question au sujet de ces snipers dans le domaine de l’affabulation.

Du côté francophone, Le Temps rapporte l’information de manière condensée mais assez correcte. Dans les petites imprécision, je relève notamment le fait que le journal évoque “les sources” de Paet à Kiev, alors que sa source est unique: Olga.

Olga que personne ne semble avoir clairement identifiée jusque-là.

Au moment où j’écris, 6 mars à 22h00, aucun autre journal francophone n’a repris l’information à ma connaissance, ce qui est en soi intéressant.

Et pendant ce temps, là, sur les sites de désinformation habituels (vous savez, ceux qui se présente  comme des sites d’information alternative, comme global researchinfowars), on reprend, en l’embellissant, la substance de l’article de la Voix de la  Russie: c’est certains, les snipers n’étaient pas employés par le gouvernement, d’ailleurs c’est l’Europe qui les a envoyés (ou les États-Unis, ou le nouvel ordre mondial, choisissez votre ennemi et faites-lui endosser le crime).

Soit dit en passant, je ne sais pas qui a utilisé des snipers. Je n’exclus pas qu’il y ait eu des agents provocateurs. La conversation Paet-Ashton contient quelques bouts d’information qui semblent indiquer la possibilité d’une provocation, mais plus que le fond, dont on verra sans doute des développements dans les prochains jours, ce qui m’intéressait ici était ce que les divers médias feraient à partir du même matériau à chaud, et je constate que:

  • CNN est remarquablement factuel et complet, allant jusqu’à indiquer clairement quelles informations ne sont pas claires ou pas disponibles et laissant ouvertes des questions importantes ;
  • les medias russes transforment plus ou moins subtilement l’information pour lui faire dire ce qu’elle ne dit pas ;
  • Le Guardian traite l’information comme quasiment une non information (“Paet rapporte l’existence d’affabulations sur les snipers”, ce qui laisse de côté la réelle inquiétude de Paet) ;
  • La presse francophone, à part le temps, est muette sur le sujet (RTBF.be publie la vidéo, mais sans commentaire);
  • Le Temps rapporte assez objectivement la substance de l’info, mais la déforme légèrement par souci de concision ;
  • Les sites d’informations alternatifs sont à côté de la plaque: l’information est manipulée afin de rentrer dans le schéma d’analyse spécifique du média concerné.

Voilà, vous pouvez faire l’analyse vous-mêmes. Le plus difficile à analyser est évidemment le vide: ceux qui n’en parlent pas font-ils un choix délibéré, ou bien considèrent-ils tout simplement que l’information est, pour l’instant, trop parcellaire? Seul l’avenir nous le dira.

Évidemment, mes conclusions ici sont des conclusions ponctuelles sur base d’une information. Cela ne veut pas dire nécessairement que ces conclusions sont correctes en tous temps.

Pas d’huile de palme? Nous sommes sauvés et la planète avec!

Un bidon d’huile de palme

Il y a une sorte d’obsession autour de l’huile de palme en ce moment.

Honnêtement, ça me fait penser à une certaine époque où on nous expliquait que les nitrates c’était le mal, et que tout d’un coup on nous a vendu, un chouïa plus cher, des poudres à lessiver sans nitrate.

Et voilà donc qu’on semble découvrir que le gras c’est pas bon. Et qu’en plus c’est pas écolo. Double angle d’attaque donc.

Voyons ça de plus près !

Le gras c’est pas bon !

Non, sans rire, c’est vrai? Ça alors ! Qui s’en serait douté ?

Sérieusement: oui, les procédés industriels à travers lesquels l’huile de palme passe on pour conséquence l’apparition d’acide gras trans, une forme d’acide gras insaturé suspecté de pas mal de choses, notamment de causer des problèmes cardiovasculaires en cas de consommation importante.  Mais rien de bien extraordinaire donc. Faut faire gaffe, quoi, mais quasi comme à tout ce qui est gras.

C’est pas écolo/durable !

Greenpeace, qu’on ne peut décemment suspecter de collusion avec l’industrie agro-alimentaire s’est dit étonné par la force de la réaction. En fait disent-ils, leurs campagnes ont toujours été axées sur la déforestation et la protection des orangs-outans et n’évoquaient pas les aspects sanitaires.

L’angle nutritionnel n’a émergé vraiment qu’à partir de 2009, et seulement en France, quand certaines entreprises, notamment des distributeurs, ont compris qu’il y avait un intérêt commercial et en termes d’image à ne plus utiliser d’huile de palme dans leurs produits, explique Jérôme Frignet, de Greenpeace. C’était un dévoiement: nous n’avons jamais demandé que l’on boycotte l’huile de palme en général, mais seulement celle produite en ayant recours à la déforestation.

C’est donc clair, cet énervement au sujet de l’huile de palme sert d’écran de fumée à une grande distribution qui a trouvé, encore une fois, le truc  facile pour faire payer le bon peuple en y ajoutant un fumeux prétexte écologique, alors que la réalité c’est que le rejet de l’huile de palme remet en question le développement d’une agriculture durable de l’huile de palme (sans déforestation, etc).

Il est évidemment plus facile de se scandaliser au sujet de l’huile de palme qu’au sujet de choses dont la remise en cause pourrait vraiment déranger nos petites habitudes.

Au hasard, côté “durabilité”, vous voulez qu’on parle des perches du Nil qui sont importées d’Afrique, par exemple du lac Victoria où leur introduction a signifié la fin totale des espèces de poisson locales? Ou des fleurs importées par avion aussi d’Afrique? Et du côté santé, qui peut m’expliquer pourquoi il y a du sucre dans la mayonnaise industrielle?

GTA V, débat miné et “killologie”

Image typique d’un FPS, ici extraite de Nuclear Dawn, un jeu développé par Interwave Studios (source: Commons)

Ça y est, Grand Theft Auto V est sorti, et avec lui le débat habituel sur la question de savoir si les jeux violents rendent violents. Ce débat revient de manière récurrente, et que ce soit dans les cas des tueurs de Colombine ou de Anders Breivik,

Bien sûr, un développeur de GTA V rappelait à la BBC : «Nos jeux ne sont pas conçus pour un jeune public. Si vous êtes un parent et que vous achetez un de nos jeux pour votre enfant, alors vous êtes un mauvais parent.»

Mais cela ne répond pas à la question initiale.

En fait, il semble difficile d’avoir une réponse à cette question, et tout à fait franchement, je ne suis pas convaincu par son traitement dans la presse qui revient généralement au “modèle” suivant: prenons cet article du Huffington Post il y a quelques mois par exemple. On nous y dit par exemple que “en 2011, une étude a démontré que les hommes avaient plus de mal à activer les régions du cerveau leur permettant de contrôler leurs émotions et de réprimer leurs comportements agressifs après avoir joué à des jeux-vidéo violents pendant une semaine“. Mais l’article se croit obligé d’ajouter aussitôt que d’autres choses augmentent l’agressivité et que jouer au jeu vidéos accroit les capacités de réaction.

Et quand Anders Breivik dit qu’il s’est entrainé en jouant avec Call of Duty, les experts se gaussent: dans ce type de jeu, on se sert généralement de manettes, pas d’interfaces reproduisent les armes, l’usage des armes n’est pas réaliste (on tire en avançant) et la stratégie est au mieux balbutiante.

Bref, ce que nous apprenons pour le moment dans la presse sur le sujet peut se résumer à ceci: oui ces jeux peuvent augmenter, peut-être temporairement, l’agressivité, mais aucune étude n’a montré un lien entre jouer à ces jeux et une plus grande probabilité de commettre un acte violent et en tout cas, la hausse des ventes de jeux vidéo violents ne coïncide pas avec une hausse des crimes violents chez les jeunes.

Je trouve étrange qu’un débat aussi délicat se focalise sur une sorte d’analyse binaire. On semble n’avoir le choix qu’entre des jeux “créateurs de monstres assoiffés de sang” ou des jeux “défouloirs sans conséquence“.

Par exemple, la question de l’habituation à la violence n’est quasiment jamais évoquée.

Or ce n’est pas un hasard, si l’armée américaine a investi près de 30 millions de dollars dans un jeu de type FPS dont l’objectif avoué est notamment d’attirer les jeunes dans la carrière. Et des jeux, ce qu’on appelle des serious games, utilisent un environnement de simulation et les codes des jeux vidéo pour apprendre aux soldats des choses sérieuses, tels que des éléments stratégiques ou autres.

Mais ce n’est pas le seul objectif de ce type de jeux !

Savez-vous qu’un problème auquel  les armées sont confrontées est la difficulté qu’il y a à convaincre un homme de tuer un autre homme? En fait, notre cerveau, hors exception anormale tel qu’un cerveau psychopathe, est formaté à ne pas tuer d’autres êtres humains. Rien de moral là-dedans: nous ne faisons que reproduire un formatage commun à toutes les espèces animales. Cela n’exclut bien sûr pas l’agressivité, dans le règne animal aussi on se bat à l’intérieur d’une espèce pour une femelle, un territoire ou de la nourriture…mais rarement jusqu’à la mort: dans des conditions de combat intra-espèce, un mécanisme essentiel de survie pour l’espèce empêche de tuer.

Pendant la Seconde Guerre mondiale, seulement 15 à 20 % des soldats américains ont fait usage de leurs armes dans l’intention de tuer: la plupart des soldats tiraient peu, et sans viser. En Corée, le pourcentage était déjà passé à 55 %. Au Viêt-Nam, 90 à 95 % des soldats ont tiré sur l’ennemi.

En clair, l’armée US a modifié son entrainement de telle sorte que ses soldats sont devenus de meilleurs tueurs (avec des conséquences au niveau des cas de stress post traumatique, mais c’est une autre histoire).

Parmi les changements mis en place après la seconde guerre, l’utilisation de cibles de forme humaine et l’entrainement au tir rapide dans des conditions similaires au combat, bref, des simulations les plus proches possibles de la réalité du combat de manière à développer un réflexe conditionné de tir, avec les résultats impressionnants mentionnés ci-dessus.

Et bien entendu, lorsque les jeux de simulation sont apparus, l’armée les a aussi utilisés.

Sachant cela, je n’ai donc pas été surpris quand j’ai découvert récemment quelques références à un lieutenant-colonel en retraite de l’armée américaine, Dave Grossman, qui a enseigné la psychologie a West Point, et enseigne maintenant la science militaire à l’université d’état du Kansas. Cet homme, qui a passé une bonne partie de sa vie militaire à étudier ce que l’acte de tuer impliquait, y a consacré plusieurs livres et a fondé une discipline qu’il a baptisée “killologie“.

Or ce professionnel fait un parallèle entre l’entrainement de soldats à qui on inculque le réflexe conditionné de tirer sur des êtres humains et des jeux de type FPS et estime que “les jeux vidéo développent un réflexe conditionné de même nature [que le réflexe que nous développons chez les soldats]. Cela expliquerait pourquoi certains jeunes assassins continuent à tirer, bien longtemps après avoir abattu la personne qui les avait irrités“, il me semble qu’il dit quelque chose d’intéressant.

Il ne dit pas que les jeux rendent agressifs, il décrit plutôt un mécanisme de développement d’un réflexe conditionné et d’insensibilisation qui devrait sans doute être examiné de plus près.

Parce que sans y voir une cause, j’y vois malgré tout une pièce du puzzle que nous posent certains cas d’hyper violence ou de meurtres de masse.

Et en tout cas, on ne saurait certainement mieux dire que «si vous achetez un de nos jeux pour votre enfant, alors vous êtes un mauvais parent.»

Quelques sources:

 

On finira bien par en manger

Insectes frits sur un étal de marché (Commons)

Insectes frits sur un étal de marché (Commons)

Quoi? Mais des insectes, pardi !

Je ne sais pas si vous avez remarqué, mais pour ma part, il ne se passe pas une semaine sans que je lise un article ou que j’entende ou voie une émission consacré(e) à l’entomophagie.

En tout cas, les Nations-Unies poussent clairement dans cette direction.

Quant à la véritable campagne à laquelle nous sommes soumis, une petite recherche m’a permis d’en relever je ne sais combien rien que sur les derniers mois: Atlantico.fr (28/4/2013), Terrafemina (14/5/2013), La Dépêche (5/5/2013), Le Figaro (17/5/2013), La Presse.ca (22/5/2013), RCI (18/6/2013), Doctissimo (25/6/2013), BFMTV.com (12/08/2013), Radio Vatican (17/8/2013), Atlantico (19/8/2013), Les Echos (20/8/2013), BFMTV.com (21/8/2013), La Dépêche.fr (1/9/2013).

C’est clair, on n’y échappera pas !

Poudre de protéines à base d’insectes

Poudre de protéines à base d’insectes

Oh, au début ce sera assez discret. Ou plutôt, c’est discret. Vous ne devinez pas avec quoi est fait le rouge cochenille qu’on trouve dans les bonbons? Vous le connaissez mieux sous son petit nom, peut-être: E120 !

Et puis peu à peu on incorporera des produits provenant des insectes. Un bon candidat est une poudre protéique qu’on incorporera dans des barres énergétiques, puis dans des aliments reconstitués.

Ça va être gai !

Combien de niveaux de manipulation?

Soldats iraniens portant des protections contre les armes chimiques (Commons)

Soldats iraniens portant des protections contre les armes chimiques (Commons)

Alors qu’on se demande qui, en Syrie, manipule qui en utilisant les syriens comme des pions, c’est à une autre manipulation, évidente celle-là, que je voudrais consacrer mon second article: celle qui a été lancée  contre les États-Unis justement dans le cadre du dossier syrien le jour même où des inspecteurs de l’ONU se faisaient tirer dessus par de maladroits et bien pratiques snipers.

Tout est parti d’un article du site Foreign Policy immédiatement repris par le site de la RTBF, 7sur7, France24, etc (je n’ai pas fait le tour de tous les journaux), et dont la substance est la suivante:”pendant la guerre Iran-Irak, les États-Unis ont aidé Saddam Hussein à gazer les troupes iraniennes.”

Évidemment, le message sous-jacent est que les États-Unis, eux-mêmes coupables par association d’avoir participé à un tel crime, n’auraient donc pas le droit de donner des leçons à la Syrie.

Passons sur le fait que ce raisonnement est largement fallacieux (ce type de raisonnement peut en fait interdire à qui que ce soit de dire quelque chose à propos de n’importe quoi).

Par contre ce qui est particulièrement étonnant, outre le timing très heureux, ce sont les éléments suivants:

Le site Foreign Policy affirme baser ce qu’il affirme sur des documents exclusifs et secrets récemment déclassifiés. Or l’examen du dossier qu’ils publient nous montre une série de documents déclassifiés entre 2009 et 2010. On repassera pour le scoop.

Mais le plus intéressant est le contenu des documents: à aucun moment ceux-ci ne contiennent le moindre élément venant à l’appui des affirmations de Foreign Policy. Bien sûr, on y découvre des services de renseignement américains au courant de l’usage d’armes chimiques par Saddam, mais pas la moindre trace d’aide. Au contraire, si je puis dire, on y découvre des analyses sur la façon dont l’Irak s’est procuré les moyens de fabriquer des armes chimiques, analyses qui n’auraient aucun sens si l’aide avait été américaine (soit dit en passant, la CIA pointe l’Allemagne de l’ouest parmi les coupables habituels, URSS et autres pays du bloc de l’est de l’époque).

Bien sûr on pourrait s’offusquer que les États-Unis n’aient pas réagi à l’époque. Mais ça c’est une autre question. A l’époque, tout le monde savait que l’Irak utilisait des gaz de combat notamment contre sa population, et personne n’a bougé le petit doigt (mais on pourrait sans doute faire un lien entre ces événements et le sort ultérieur de Saddam).

Quoiqu’il en soit, je ne sais pas si l’affirmation clé de ces articles contient une part de vérité, mais j’en doute, et en tout cas les affirmations qui nous ont été balancées aujourd’hui sont basées sur du vent.

Je dois à la vérité de dire que beaucoup de grand médias se sont abstenus de suivre Foreign Policy. Dans les prochains jours, il vous suffira de compter ceux qui reprendront ce bobard. Une bonne manière de distinguer les journalistes de qualité de ceux qui sont, au mieux, incapables de lire une source et au pire, complices de cette manipulation.

Reste, ceci dit, l’autre versant de la manipulation, traité dans mon message précédant.

Qui manipule qui?

Manifestation à Washington suite aux rumeurs d'attaques chimiques (AFP)

Manifestation à Washington suite aux rumeurs d’attaques chimiques (AFP)

Si vous suivez l’actualité, vous savez que le sujet du moment est savoir (i) si effectivement il y a eu usage de gaz de combat en Syrie (ça, ça semble peu douteux), (ii) qui est responsable (là, c’est moins clair) et (iii) si cela provoquera une intervention étrangère.

Il est évident que à ce niveau là, diverses manipulations sont possibles. Une première question qui peut venir à l’esprit est: “Qui a intérêt à provoquer une intervention étrangère?“. La réponse à cette question est: en tout cas pas Bachar el-Assad !

Bien sûr, il y a cet article du Figaro qui explique que cette attaque chimique serait une réponse d’el-Assad à une offensive dangereuse sur Damas par des commandos notamment étrangers (?), mais je ne trouve pas tout à fait convaincante l’image d’un Bachar el-Assad acculé au point de devoir bombarder de projectiles au gaz la population de sa capitale. Non pas que je prenne Assad pour un saint, simplement je ne le prend pas pour un imbécile !

Les dernières fois qu’on nous a fait le coup de l’intervention humanitaire m’ont généralement laissé avec un drôle de goût dans la bouche, que ce soit la guerre du Golfe de 1990, celle de 2003 ou d’Afganistan ou encore l’intervention en Lybie (je considère un peu à part l’opération en Somalie en 1992) et je commence à trouver assez étrange la rapidité avec laquelle on parle soudain d’intervention contre des cibles en Syrie.