Ne pas confondre pseudo-énigme amusante et cours d’économie!

Vous connaissez peut-être cette petite histoire amusante: Argent

Ça se passe dans un très petit village qui vit du tourisme, sauf qu’à cause de la crise économique il n’y a plus de touristes. Tout le monde emprunte à tout le monde pour survivre. Plusieurs mois passent, misérables. Arrive enfin un touriste qui prend une chambre. Il la paie avec un billet de 100 $.

Le touriste n’est pas aussitôt monté à sa chambre que l’hôtelier court porter le billet de 100 $ chez le boucher, à qui il doit justement cent dollars. Le boucher va aussitôt porter le même billet au paysan qui l’approvisionne en viande. Le paysan, à son tour, se dépêche d’aller payer sa dette à la pute à laquelle il doit quelques passes. La pute boucle la boucle en se rendant à l’hôtel pour rembourser l’hôtelier qu’elle ne payait plus quand elle prenait une chambre à l’heure. Comme elle dépose le billet de 100 $ sur le comptoir, le touriste qui venait de dire à l’hôtelier qu’il n’aimait pas sa chambre et n’en voulait plus, ramasse son billet et disparaît.

Rien n’a été dépensé, ni gagné. N’empêche que plus personne dans le village n’a de dettes.

Apparemment, certains trouvent malin d’ajouter ensuite:

N’est-ce pas ainsi qu’on est en train de résoudre la crise mondiale ?

Apparemment, certains se construisent des scénarios où l’histoire est re-racontée avec touriste = G20 ou troïka, hôtelier = banque, boucher = France ou Grèce, paysan = citoyen, prostituée = emprunt.

C’est vouloir faire dire à cette petite histoire beaucoup plus qu’elle ne le peut.

En fait d’énigme, il s’agit d’une pseudo énigme qui ne semble bizarre que par la relative complexité des relations dans le village. La question sous-jacente supposément mystérieuse est “Comment se peut-il que avant il y a des dettes dans tous les sens, et à la fin plus personne n’a de dette?“.

En fait, la réalité est que la situation finale est présente en germe dès le départ, puisque la situation de chaque personne dans l’historiette est parfaitement équilibrée: chacun a une dette et une créance de même valeur, c-à-d que chacun a une situation bilantaire neutre.

Supposons un instant une situation où il n’y a que 2 personnes. Si A doit 100 à B et que B doit 100 à A, les deux dettes s’annulent, puisqu’elles sont de parfaits symétriques. Ça s’appelle la compensation. Par contre, lorsque A doit à B qui doit à C qui doit à A, on a une situation tripartite où les dettes et créances ne sont plus parfaitement symétriques et où la simple compensation ne fonctionne pas automatiquement. C’est le cas de cette histoire. Il faut alors “provoquer” la compensation et ajouter un nouveau mécanisme pour que la situation se dénoue.

Plutôt que détailler les relations et la façon dont elle pourraient se dénouer sans le billet de 100 par la négociation, je vais simplement vous montrer comment elles peuvent se résoudre sans l’intervention du touriste.

En fait, il suffirait que l’hôtelier écrive sur un bout de papier quelque chose du genre “je promet de donner 100 au porteur de ce billet dès que j’aurai 100 en caisse” et le donne au boucher à qui il doit 100. Le boucher propose au paysan à qui il doit 100 d’accepter d’annuler la dette du boucher contre le billet, et le paysan se laisse convaincre parce qu’il pense que l’hôtelier aura rapidement les 100 dans sa caisse. Le paysan va ensuite chez la pute en proposant la même chose, à savoir l’annulation de ce qu’il lui doit contre le papier de l’hôtelier. La pute, qui est elle-même en dette vis-à-vis de l’hôtelier, trouve l’idée très pratique, elle accepte le billet et va ensuite chez l’hôtelier à qui elle propose le billet contre l’annulation des 100 qu’elle lui devait. L’hôtelier accepte, évidemment, reprend son billet et le déchire.

Le résultat est exactement le même ici qu’avec le billet du touriste.

On voit donc bien qu’il s’agit d’une fausse énigme: rien d’énigmatique dans un mécanisme qui permet de dénouer des dettes croisées qui s’annulent.

Au niveau économique, l’histoire montre deux choses.

D’abord que le crédit aide l’activité économique, puisqu’il y a eu des échanges économiques dans le village grâce au crédit, échanges qui n’auraient pas eu lieu sinon.

Ensuite elle montre une des fonctions élémentaires de la monnaie qui est d’être un symbole permettant de “huiler” les échanges économiques.

Quant à supposer que cette historiette pourrait servir à dénouer la crise de la dette, c’est une autre histoire.

Encore une fois, dans l’histoire, les dettes sont circulaires, chacun a à la fois une dette et une créance de même montant, c-à-d une situation bilantaire nulle.

C’est très très loin d’être le cas dans le cas de l’endettement des pays tels que la Belgique, la France ou la Grèce. La Belgique n’a aucune créance à faire valoir (j’exclus ici les quelques milliards prêtés à la Grèce qui ne sont qu’une goutte d’eau face à la dette). Ou plutôt, la seule créance qu’elle ait c’est vis-à-vis de sa propre population, sur les revenus futurs et les taxes qui seront levées dessus.

Les gigantesques dettes occidentales publiques actuelles sont détenues par exemple par des acteurs des pays producteurs de pétroles ou de la Chine. Et eux par contre ont peu de dettes. La situation de la dette mondiale qu’a donc que peu de rapport avec la petite histoire racontée.

Le seul faible lien que cette histoire a avec la réalité est que les États paient leurs dette avec de la monnaie, monnaie qui est elle-même une forme de bout de papier qui promet le paiement quand les richesses seront produites et taxées dans l’avenir.

Météore et statistiques

Une banquette de voiture et la météorite qui l’a traversée. (source: Commons)

Une curieuse nouvelle fait un peu parler d’elle depuis quelques jours: un parachutiste aurait filmé un météore qui l’aurait frôlé (voir la vidéo ci-dessous). La première idée est évidemment de se demander s’il ne s’agit pas d’un “faux”, un hoax comme on dit.

En fait, l’histoire est totalement vraisemblable.

Réglons rapidement la question du “mais un météore c’est brillant”.

Quand un météore pénètre notre atmosphère, il voyage à une vitesse de plus de 250.000 km/h (75 km/s) et est violemment ralenti par la friction qui provoque un grand dégagement de chaleur et de lumière. Mais c’est là une phase qui se passe à plus de 20.000 mètres d’altitude. Si le météore n’est pas volatilisé par la chaleur, il finit par ralentir jusqu’à la vitesse maximale d’un objet en chute libre dans l’atmosphère, c-à-d entre 300 et 600 km/h. C’est sa période “vol sombre”, encore jamais capturée par une caméra, et c’est la vitesse à laquelle il voyage sous les 20.000 mètres jusqu’à ce qu’il atteigne le sol.

Le truc surprenant que j’ai appris en faisant quelques recherches est que tous les jours, environ 150 météores de plus de 10 grammes atteignent le sol de notre planète! Et parmi ces 150, une dizaine pèsent plus de 1 kilogramme! Évidemment, la probabilité d’une  rencontre telle qu’elle a été filmée reste extraordinairement faible, mais comme le signale le site futura-science, la multiplication des humains filmeurs, équipés d’un enregistreur sur la tête, voire de Google Glass, rend la rencontre plus facile.

Et donc: vidéo vraisemblable, le type a apparemment eu beaucoup de chance (et a failli avoir beaucoup de malchance, à quelques mètres près).

Note: il existe une explication alternative à ce film, un bout de caillou pris dans le parachute et qui serait tombé au moment de l’ouverture. La question reste ouverte.

La vidéo: