Hurricane Carter innocent?

Le décès de Hurricane Carter est l’occasion, pour la presse unanime, de parler de Bob Dylan et de nous apprendre que Hurricane Carter était innocent.

Quelques faits doivent être rappelés:

  • Carter avait eu quelques ennuis dans sa jeunesse pour avoir attaqué un homme (notamment un coup de couteau) pour le voler.
  • Il nous est présenté comme un boxeur dont la carrière était prometteuse, en fait dès 1963, sa carrière de boxeur s’étiolait, avec impact sur ses revenus.
  • Sans rentrer dans les détails du dossier, les témoignages (notamment des autres accusés) et les preuves désignant Carter comme un des participants de l’attaque meurtrière de 1966 étaient indirects mais assez solides (par exemple, les douilles correspondant aux armes utilisées retrouvées dans sa voiture qui correspond à la description de la voiture utilisée par les assassins) , même si certains témoignages ont varié avec le temps.
  • Carter fut une première fois condamné en 1967.
  • Notamment suite à un témoignage ayant changé, un nouveau procès eut lieu en 1976. Les jurés, parmi lesquels deux noirs, condamnèrent à nouveau Carter. Parmi les éléments de ce second procès, certains des témoins ayant joué le rôle d’alibi pour Carter étaient revenus sur leur témoignage (en fait, aucun élément ne fût jamais présenté à l’appui de l’innocence de Carter).
  • En 1985, un juge libéra Carter sur base du fait que selon lui, la condamnation avait résulté du racisme.
  • Quasiment 20 ans s’étant écoulé depuis les faits, le procureur estima ne plus avoir aucune chance d’obtenir une condamnation.

Alors, innocent? Possible. Mais possible aussi qu’il ait tout simplement habilement profité du mouvement des droits civiques et s’en soit finalement tiré en jouant la carte du racisme, un peu comme cet autre sportif célèbre qui s’en est tiré de la même façon?

 

La mort à la peine !

5954717390_une-salle-pour-injonction-letaleDennis McGuire, un salopard qui avait violé et assassiné une femme enceinte en 1989, a été exécuté hier dans un pénitencier de l’Ohio.

Comme les fabricants de la drogue précédemment utilisée ont arrêté d’en fournir pour les exécutions capitales, McGuire a été exécuté avec un nouveau cocktail de drogues qui n’avait pas encore vraiment fait ses preuves.

En fait, déjà utilisé une première fois, il n’avait pas semblé être aussi efficace, et les avocats de McGuire avaient essayé de faire arrêter l’exécution sur base de la souffrance supposée que le condamné pouvait subir, exposant que leur client allait mourir de suffocation causée par la paralysie.

C’était intelligent de leur part. Il faut en effet savoir que la peine de mort a connu un moratoire au États-Unis dans les années ’70: de 1967 à 1977, il n’y a pas eu d’exécution capitale aux États-Unis, et en 1972, la Cour Suprême avait estimé que la peine de mort, telle qu’elle était appliquée dans les états de l’union, était un un châtiment cruel et inhabituel.

En 1976, la Cour Suprême valida à nouveau la peine de mort, notamment parce que les états concernés avaient revu les conditions d’application de celle-ci. C’est l’époque où les exécutions par injection létale sont apparues, méthode sensée être “plus humaine”.

Or voilà que McGuire a agonisé pendant 15 à 20 minutes ! Un juge fédéral avait rejeté le recours de ses avocats en jugeant que la preuve n’avait pas été faite que McGuire courait un risque substantiel d’expérimenter une souffrance sévère. Il se pourrait bien que sa mort change quelque peu les choses !

Allende – Morsi, même combat?

Bombardement du palais présidentiel

Bombardement du palais présidentiel “La Moneda” à Santiago le 11 septembre 1973 (Commons)

La commémoration des 40 ans du coup d’état militaire au Chili m’a fait penser au fait qu’il y a un certain nombre de similitudes entre le Chili d’il y a 40 ans et l’Égypte d’aujourd’hui.

Bon, attention, j’ai dit “similitudes”, hein, je n’ai pas dit que c’était la même chose, mais c’est une occasion aussi de remettre en perspective cet événement historique devenu légendaire.

Je vais donc lister ici quelques informations intéressantes qui m’ont amenées à faire ce rapprochement.

1. En 1970, candidat de L’Union Populaire, Allende se présentait contre un candidat conservateur et un démocrate chrétien. Allende obtient 36,6% des voix, le conservateur 35,3% et le démocrate chrétien 28,1%. En l’absence de second tour, Allende est confirmé par le Congrès, pourtant dominé par les démocrates chrétiens et les conservateurs.

En 2012, Morsi obtient 24,78% au premier tour. Juste derrière lui, Ahmed Chafik avec 23,66%. Au second tour, Morsi est élu avec 51,8% des voix.

2. Pendant son mandat, Allende ne dispose pas de la majorité parlementaire. Il décide donc de gouverner par décret, ce qui lui évite de passer par le Parlement.

Morsi lui, fait à peu près de même, mais parce que le Parlement (qui lui était favorable) a été dissous par une décision de la Cour Constitutionnelle.

3. Allende exécute le programme de L’union Populaire (nationalisations, notamment) alors qu’il ne représente qu’une partie de la population.

Morsi fait de même, certains ont même parlé de la “frérisation” de l’Égypte.

4. En 1971, la violence politique est très présente au Chili, un commando d’extrême-gauche assassine une personnalité démocrate-chrétienne. Les ministres sont accusés de participer à l’organisation de la violence.

Les mêmes reproches sont faits à Morsi et aux Frères Musulmans.

5. Dès 1972, la situation économique devient mauvaise: inflation, récession, la dette explose, les produits alimentaires de base deviennent rares.

La situation de l’Égypte se détériore encore plus vite que ça. Il est vrai que le pays est pauvre et subventionne massivement les produits de base.

6. En mars 1973, l’opposition dont le point essentiel du programme est la destitution du président recueille 55% des voix.

En Égypte, certains prétendent que 30 millions d’égyptiens auraient demandé le départ de Morsi.

7. En août 1973, une résolution est votée par 63% du Parlement, et demande que le gouvernement arrête de violer la Constitution (le résolution liste ce qui est reproché au gouvernement, du “gouvernement par décret” au support à des milices armées de gauche en passant par des tentatives de contrôle des médias). La résolution est rejetée par Allende.

8. septembre 1973, l’armée intervient. A sa tête, Augusto Pinochet nommé par Allende lui-même à la tête des armées.

Idem en Égypte: Morsi a nommé al Sissi à la tête des armées.

9. Les Etats-Unis sont lourdement intervenus en faveur du renversement de Allende (l’ont en tout cas “facilité”).

Dans le cas de l’Égypte on peut aussi se poser la question, dans la mesure où l’aide américaine à l’armée égyptienne représente le tiers du budget de cette dernière. En tout cas, ils se sont abstenus de condamner, même s’ils ont un peu réagi aux tueries les plus choquantes.

C’est à peu près là que s’arrêtent les similitudes: Le Chili était une démocratie un peu instable où l’armée a rencersé un président contesté mais encore populaire et installé une junte militaire qui ne rendra le pouvoir aux civils que 17 ans plus tard; l’Égypte par contre connaissait sa première expérience démocratique qui n’aura duré qu’un an avant apparemment de déraper et d’être arrêtée par l’armée qui affirme tenir un mandat du peuple et vouloir réinstaller un pouvoir démocratique.

On verra ce qui arrivera, mon objectif ici n’était pas de traiter de l’Égypte, comme je l’indiquais en introduction, mais plutôt du Chili.