Ce n’est pas fini !

Le Westgate Shopping Mall de Nairobi (source: Commons)

A l’occasion de l’attaque contre un centre commercial de Nairobi, je découvre, sans grande surprise, grâce à cet article publié par CNN, qu’on risque bien de voir se reproduire ce genre d’événements.

CNN rapporte les deux éléments suivants:

En mai 2011, la police allemande découvre sur une personne suspectée de terrorisme une clé USB qui, une fois analysée, révèle un fichier caché qui contient des objectifs futurs de Al-Qaïda : pirater des bateaux de croisière et en exécuter les passagers, ou reproduire en Europe des opérations du type de celles de Bombay (attaques d’hôtels et de restaurants).

En juin 2011, Fazul Abdullah Mohammed, soupçonné d’être derrière divers actes terroristes (tels les attentats de Nairobi contre l’ambassade US et de Dar es Salaam en 1998), est abattu à Mogadiscio, en Somalie. Il avait sur lui une clé USB qui contenait un document listant de futures cibles pour des attentats: le collège de Eton en Angleterre et des hôtels.

Après les attaques de Nairobi, il semble évident que la stratégie est maintenant mise en application: il s’agit de s’attaquer à ce qu’on appelle des cibles douces, c’est-à-dire des cibles qui ne sont ni militaires ni gouvernementales. Par ailleurs, les pros du renseignement relèvent une stratégie similaire: un groupe d’une dizaine d’assaillants très bien préparés qui attaquent des cibles “fermées”, ce qui rend difficile la contre-attaque par les forces de sécurité, le tout avec une préférence pour des cibles susceptibles de contenir des occidentaux et qui éventuellement représentent des intérêts occidentaux ou israéliens.

L’opération de Nairobi a été un grand succès pour les terroristes. On peut donc craindre le pire pour l’avenir.

Pas d’huile de palme? Nous sommes sauvés et la planète avec!

Un bidon d’huile de palme

Il y a une sorte d’obsession autour de l’huile de palme en ce moment.

Honnêtement, ça me fait penser à une certaine époque où on nous expliquait que les nitrates c’était le mal, et que tout d’un coup on nous a vendu, un chouïa plus cher, des poudres à lessiver sans nitrate.

Et voilà donc qu’on semble découvrir que le gras c’est pas bon. Et qu’en plus c’est pas écolo. Double angle d’attaque donc.

Voyons ça de plus près !

Le gras c’est pas bon !

Non, sans rire, c’est vrai? Ça alors ! Qui s’en serait douté ?

Sérieusement: oui, les procédés industriels à travers lesquels l’huile de palme passe on pour conséquence l’apparition d’acide gras trans, une forme d’acide gras insaturé suspecté de pas mal de choses, notamment de causer des problèmes cardiovasculaires en cas de consommation importante.  Mais rien de bien extraordinaire donc. Faut faire gaffe, quoi, mais quasi comme à tout ce qui est gras.

C’est pas écolo/durable !

Greenpeace, qu’on ne peut décemment suspecter de collusion avec l’industrie agro-alimentaire s’est dit étonné par la force de la réaction. En fait disent-ils, leurs campagnes ont toujours été axées sur la déforestation et la protection des orangs-outans et n’évoquaient pas les aspects sanitaires.

L’angle nutritionnel n’a émergé vraiment qu’à partir de 2009, et seulement en France, quand certaines entreprises, notamment des distributeurs, ont compris qu’il y avait un intérêt commercial et en termes d’image à ne plus utiliser d’huile de palme dans leurs produits, explique Jérôme Frignet, de Greenpeace. C’était un dévoiement: nous n’avons jamais demandé que l’on boycotte l’huile de palme en général, mais seulement celle produite en ayant recours à la déforestation.

C’est donc clair, cet énervement au sujet de l’huile de palme sert d’écran de fumée à une grande distribution qui a trouvé, encore une fois, le truc  facile pour faire payer le bon peuple en y ajoutant un fumeux prétexte écologique, alors que la réalité c’est que le rejet de l’huile de palme remet en question le développement d’une agriculture durable de l’huile de palme (sans déforestation, etc).

Il est évidemment plus facile de se scandaliser au sujet de l’huile de palme qu’au sujet de choses dont la remise en cause pourrait vraiment déranger nos petites habitudes.

Au hasard, côté “durabilité”, vous voulez qu’on parle des perches du Nil qui sont importées d’Afrique, par exemple du lac Victoria où leur introduction a signifié la fin totale des espèces de poisson locales? Ou des fleurs importées par avion aussi d’Afrique? Et du côté santé, qui peut m’expliquer pourquoi il y a du sucre dans la mayonnaise industrielle?

GTA V, débat miné et “killologie”

Image typique d’un FPS, ici extraite de Nuclear Dawn, un jeu développé par Interwave Studios (source: Commons)

Ça y est, Grand Theft Auto V est sorti, et avec lui le débat habituel sur la question de savoir si les jeux violents rendent violents. Ce débat revient de manière récurrente, et que ce soit dans les cas des tueurs de Colombine ou de Anders Breivik,

Bien sûr, un développeur de GTA V rappelait à la BBC : «Nos jeux ne sont pas conçus pour un jeune public. Si vous êtes un parent et que vous achetez un de nos jeux pour votre enfant, alors vous êtes un mauvais parent.»

Mais cela ne répond pas à la question initiale.

En fait, il semble difficile d’avoir une réponse à cette question, et tout à fait franchement, je ne suis pas convaincu par son traitement dans la presse qui revient généralement au “modèle” suivant: prenons cet article du Huffington Post il y a quelques mois par exemple. On nous y dit par exemple que “en 2011, une étude a démontré que les hommes avaient plus de mal à activer les régions du cerveau leur permettant de contrôler leurs émotions et de réprimer leurs comportements agressifs après avoir joué à des jeux-vidéo violents pendant une semaine“. Mais l’article se croit obligé d’ajouter aussitôt que d’autres choses augmentent l’agressivité et que jouer au jeu vidéos accroit les capacités de réaction.

Et quand Anders Breivik dit qu’il s’est entrainé en jouant avec Call of Duty, les experts se gaussent: dans ce type de jeu, on se sert généralement de manettes, pas d’interfaces reproduisent les armes, l’usage des armes n’est pas réaliste (on tire en avançant) et la stratégie est au mieux balbutiante.

Bref, ce que nous apprenons pour le moment dans la presse sur le sujet peut se résumer à ceci: oui ces jeux peuvent augmenter, peut-être temporairement, l’agressivité, mais aucune étude n’a montré un lien entre jouer à ces jeux et une plus grande probabilité de commettre un acte violent et en tout cas, la hausse des ventes de jeux vidéo violents ne coïncide pas avec une hausse des crimes violents chez les jeunes.

Je trouve étrange qu’un débat aussi délicat se focalise sur une sorte d’analyse binaire. On semble n’avoir le choix qu’entre des jeux “créateurs de monstres assoiffés de sang” ou des jeux “défouloirs sans conséquence“.

Par exemple, la question de l’habituation à la violence n’est quasiment jamais évoquée.

Or ce n’est pas un hasard, si l’armée américaine a investi près de 30 millions de dollars dans un jeu de type FPS dont l’objectif avoué est notamment d’attirer les jeunes dans la carrière. Et des jeux, ce qu’on appelle des serious games, utilisent un environnement de simulation et les codes des jeux vidéo pour apprendre aux soldats des choses sérieuses, tels que des éléments stratégiques ou autres.

Mais ce n’est pas le seul objectif de ce type de jeux !

Savez-vous qu’un problème auquel  les armées sont confrontées est la difficulté qu’il y a à convaincre un homme de tuer un autre homme? En fait, notre cerveau, hors exception anormale tel qu’un cerveau psychopathe, est formaté à ne pas tuer d’autres êtres humains. Rien de moral là-dedans: nous ne faisons que reproduire un formatage commun à toutes les espèces animales. Cela n’exclut bien sûr pas l’agressivité, dans le règne animal aussi on se bat à l’intérieur d’une espèce pour une femelle, un territoire ou de la nourriture…mais rarement jusqu’à la mort: dans des conditions de combat intra-espèce, un mécanisme essentiel de survie pour l’espèce empêche de tuer.

Pendant la Seconde Guerre mondiale, seulement 15 à 20 % des soldats américains ont fait usage de leurs armes dans l’intention de tuer: la plupart des soldats tiraient peu, et sans viser. En Corée, le pourcentage était déjà passé à 55 %. Au Viêt-Nam, 90 à 95 % des soldats ont tiré sur l’ennemi.

En clair, l’armée US a modifié son entrainement de telle sorte que ses soldats sont devenus de meilleurs tueurs (avec des conséquences au niveau des cas de stress post traumatique, mais c’est une autre histoire).

Parmi les changements mis en place après la seconde guerre, l’utilisation de cibles de forme humaine et l’entrainement au tir rapide dans des conditions similaires au combat, bref, des simulations les plus proches possibles de la réalité du combat de manière à développer un réflexe conditionné de tir, avec les résultats impressionnants mentionnés ci-dessus.

Et bien entendu, lorsque les jeux de simulation sont apparus, l’armée les a aussi utilisés.

Sachant cela, je n’ai donc pas été surpris quand j’ai découvert récemment quelques références à un lieutenant-colonel en retraite de l’armée américaine, Dave Grossman, qui a enseigné la psychologie a West Point, et enseigne maintenant la science militaire à l’université d’état du Kansas. Cet homme, qui a passé une bonne partie de sa vie militaire à étudier ce que l’acte de tuer impliquait, y a consacré plusieurs livres et a fondé une discipline qu’il a baptisée “killologie“.

Or ce professionnel fait un parallèle entre l’entrainement de soldats à qui on inculque le réflexe conditionné de tirer sur des êtres humains et des jeux de type FPS et estime que “les jeux vidéo développent un réflexe conditionné de même nature [que le réflexe que nous développons chez les soldats]. Cela expliquerait pourquoi certains jeunes assassins continuent à tirer, bien longtemps après avoir abattu la personne qui les avait irrités“, il me semble qu’il dit quelque chose d’intéressant.

Il ne dit pas que les jeux rendent agressifs, il décrit plutôt un mécanisme de développement d’un réflexe conditionné et d’insensibilisation qui devrait sans doute être examiné de plus près.

Parce que sans y voir une cause, j’y vois malgré tout une pièce du puzzle que nous posent certains cas d’hyper violence ou de meurtres de masse.

Et en tout cas, on ne saurait certainement mieux dire que «si vous achetez un de nos jeux pour votre enfant, alors vous êtes un mauvais parent.»

Quelques sources:

 

Le bijoutier qui met internet en émoi

Bijoutiers modernes attendant le client (Commons)

Mon blog était hors ligne aux moments les plus palpitants du bruit fait autour d’un bijoutier niçois qui a abattu un de ses agresseurs et la température est donc, je suppose, un peu retombée.

Je n’ai pas envie de me consacrer à la question de savoir si le million de personnes qui ont “liké” une page Facebook de support sont ou non de vraies personnes ou si on a assisté à un exemple de détournage du système avec de faux “likes”.

De toute façon, “soutenir” ou cliquer sur le “j’aime” d’une page de ce type, ça  veut dire quoi?

Ça peut vouloir dire plein de choses, mais je pense que dans l’ordre on peut regrouper les “likeurs” dans les catégories suivantes:

  1. Pauvre homme, subir ça et aller peut-être en prison, c’est affreux !
  2. On ne va quand même pas le mettre en prison pour ça, qu’est ce  que vous auriez fait à sa  place !
  3. Mais enfin, comment peut-on l’accuser de meurtre, il n’a fait que se défendre !
  4. Il a bien eu raison de descendre cette crapule, c’est un scandale qu’on l’accuse de meurtre !

Je vais m’intéresser à ces divers points un peu dans le désordre.

Mais enfin, comment peut-on l’accuser de meurtre, il n’a fait que se défendre !

Non. Même pas aux États-Unis, qui semblent être  une sorte de modèle fantasmé par certains.

De manière universelle, le fait de tuer quelqu’un en état de légitime défense suppose des conditions assez strictes: il ne peut s’agir en tout cas que de faire cesser une agression contre soi-même ou autrui, entre autres limitations  (je laisse donc ici de côté les cas où une certaine violence, mais pas le meurtre, est autorisée pour défendre des biens).

Il peut y avoir des nuances entre pays, mais pas si énormes que cela.

Par exemple on a beaucoup parlé de la notion de lois “stand your ground”  applicable dans certains états des USA, mais en fait cette loi ne modifie qu’un élément par rapport à “notre” définition: elle n’impose pas de choisir la fuite si elle est possible.

En fait, les lois sur l’auto-défense, que ce soit ici ou chez les cow-boys, ont un but spécifique qui est de permettre une défense des personnes, et la défense doit être proportionnelle à l’attaque.

Et non, cette condition ne signifie pas que si un malfrat vous attaque au couteau vous ne pouvez pas répliquer avec un fusil.

Ce que la loi donne c’est un cadre dans lequel  doit se mouvoir ce que la jurisprudence appelle parfois le “bon père de famille“. Et si le  juge estime que le bon père de famille a pu se croire menacé personnellement et a répondu avec les armes raisonnables dont il disposait, le procès ne durera pas très longtemps.

Pour donner un bête exemple: vous êtes réveillé en pleine nuit par un bruit dans votre maison, vous vous levez et vous retrouvez dans le noir nez-à-nez avec un cambrioleur qui se dirige vers vous et tient une à la main un objet non identifié. Si vous avez un revolver en main et que vous tirez pour vous défendre, il y a toutes les chances que vous bénéficiez d’un non-lieu ou soyez acquittés. En fait, la loi française a même encore étendu le concept en présumant qu’il y a légitime défense si l’acte est commis “pour repousser, de nuit, l’entrée par effraction, violence ou ruse dans un lieu habité [ou] pour se défendre contre les auteurs de vols ou de pillages exécutés avec violence“.

Mais s’il y a bien un point sur lequel toutes les lois du monde sont d’accord c’est bien qu’un homme qui s’enfuit ne représente pas un danger quelconque.

Aucune loi ne permet de tirer dans le dos de  quelqu’un qui s’enfuit.

Donc non, le bijoutier n’a pas fait “que se défendre”: il s’est fait “justice”, il s’est vengé.

D’une certaine façon, il a jugé que le fait de le voler méritait la mort, a condamné le coupable et a exécuté la sentence.

On ne va quand même pas le mettre en prison pour ça, qu’est ce  que vous auriez fait à sa  place !

Ah je ne sais pas, peut-être la même  chose si j’avais eu une arme. J’en doute, mais je peux concevoir que ce monsieur présente des circonstances atténuantes (c’est son xiéme cambriolage, il a eu très peur, etc), il pourrait même, pourquoi pas, plaider la démence passagère.

En fait, il ne manque pas d’outils juridiques qui permettent d’éviter la prison, à commencer par le sursis, comme ce restaurateur qui avait abattu un de ses trois voleurs en fuite et n’avait écopé que de 5 ans de prison avec sursis.

En attendant, il a tué, la légitime défense est manifestement absente, il doit donc être jugé.

Ce qui, de nouveau, ne signifie pas qu’il passe un jour en prison, mais d’une façon ou d’une autre, il doit répondre de son acte devant la justice, et pas devant Facebook ni devant une meute de justicier électroniques.

Par contre, en dehors de l’acquittement, même une condamnation à une peine avec sursis l’expose à une action des ayant-droits du cambrioleur tué afin de se faire dédommager. Je pense par exemple à son enfant à naitre.

Pauvre homme, subir ça et aller peut-être en prison, c’est affreux

Oui, c’est affreux, il a  tué  un homme, il va devoir porter ça le reste de sa vie. Et ça va sans doute lui couter très cher.

Il a bien eu raison de descendre cette crapule, c’est un scandale qu’on l’accuse de meurtre !

Si c’est là votre opinion je n’ai pas grand chose à vous dire. Tout ce que j’espère est que cette réaction est une réaction de colère temporaire.

Parce que, sérieusement, vous avez vraiment envie que les rues de vos villes deviennent des zones de combat, où le moindre cambriolé sors de sous son comptoir une pétoire dès que le cambrioleur a le dos tourné? Combien de temps avant qu’un innocent soit touché par un justicier qui ne sait pas viser, comme dans cet exemple (au Texas, évidemment) où un “justicier” tue le commerçant en le défendant?

Il est intéressant de noter, à cet égard, que les personnes intéressées ne se montrent guère enthousiastes à l’idée de l’auto-défense: les bijoutiers, en première ligne, préfèrent nettement que la police s’en occupe. Il faut dire qu’être armé n’est pas nécessairement une bonne idée.

Pour terminer, je vous suggère une lecture intéressante pour une réflexion sur le sujet: le blog de Maitre Eolas.

Allende – Morsi, même combat?

Bombardement du palais présidentiel

Bombardement du palais présidentiel “La Moneda” à Santiago le 11 septembre 1973 (Commons)

La commémoration des 40 ans du coup d’état militaire au Chili m’a fait penser au fait qu’il y a un certain nombre de similitudes entre le Chili d’il y a 40 ans et l’Égypte d’aujourd’hui.

Bon, attention, j’ai dit “similitudes”, hein, je n’ai pas dit que c’était la même chose, mais c’est une occasion aussi de remettre en perspective cet événement historique devenu légendaire.

Je vais donc lister ici quelques informations intéressantes qui m’ont amenées à faire ce rapprochement.

1. En 1970, candidat de L’Union Populaire, Allende se présentait contre un candidat conservateur et un démocrate chrétien. Allende obtient 36,6% des voix, le conservateur 35,3% et le démocrate chrétien 28,1%. En l’absence de second tour, Allende est confirmé par le Congrès, pourtant dominé par les démocrates chrétiens et les conservateurs.

En 2012, Morsi obtient 24,78% au premier tour. Juste derrière lui, Ahmed Chafik avec 23,66%. Au second tour, Morsi est élu avec 51,8% des voix.

2. Pendant son mandat, Allende ne dispose pas de la majorité parlementaire. Il décide donc de gouverner par décret, ce qui lui évite de passer par le Parlement.

Morsi lui, fait à peu près de même, mais parce que le Parlement (qui lui était favorable) a été dissous par une décision de la Cour Constitutionnelle.

3. Allende exécute le programme de L’union Populaire (nationalisations, notamment) alors qu’il ne représente qu’une partie de la population.

Morsi fait de même, certains ont même parlé de la “frérisation” de l’Égypte.

4. En 1971, la violence politique est très présente au Chili, un commando d’extrême-gauche assassine une personnalité démocrate-chrétienne. Les ministres sont accusés de participer à l’organisation de la violence.

Les mêmes reproches sont faits à Morsi et aux Frères Musulmans.

5. Dès 1972, la situation économique devient mauvaise: inflation, récession, la dette explose, les produits alimentaires de base deviennent rares.

La situation de l’Égypte se détériore encore plus vite que ça. Il est vrai que le pays est pauvre et subventionne massivement les produits de base.

6. En mars 1973, l’opposition dont le point essentiel du programme est la destitution du président recueille 55% des voix.

En Égypte, certains prétendent que 30 millions d’égyptiens auraient demandé le départ de Morsi.

7. En août 1973, une résolution est votée par 63% du Parlement, et demande que le gouvernement arrête de violer la Constitution (le résolution liste ce qui est reproché au gouvernement, du “gouvernement par décret” au support à des milices armées de gauche en passant par des tentatives de contrôle des médias). La résolution est rejetée par Allende.

8. septembre 1973, l’armée intervient. A sa tête, Augusto Pinochet nommé par Allende lui-même à la tête des armées.

Idem en Égypte: Morsi a nommé al Sissi à la tête des armées.

9. Les Etats-Unis sont lourdement intervenus en faveur du renversement de Allende (l’ont en tout cas “facilité”).

Dans le cas de l’Égypte on peut aussi se poser la question, dans la mesure où l’aide américaine à l’armée égyptienne représente le tiers du budget de cette dernière. En tout cas, ils se sont abstenus de condamner, même s’ils ont un peu réagi aux tueries les plus choquantes.

C’est à peu près là que s’arrêtent les similitudes: Le Chili était une démocratie un peu instable où l’armée a rencersé un président contesté mais encore populaire et installé une junte militaire qui ne rendra le pouvoir aux civils que 17 ans plus tard; l’Égypte par contre connaissait sa première expérience démocratique qui n’aura duré qu’un an avant apparemment de déraper et d’être arrêtée par l’armée qui affirme tenir un mandat du peuple et vouloir réinstaller un pouvoir démocratique.

On verra ce qui arrivera, mon objectif ici n’était pas de traiter de l’Égypte, comme je l’indiquais en introduction, mais plutôt du Chili.

Faux départ

Circus_cyaneus_female_Seewinkel2De retour en ligne après une interruption due à la disparition du domaine “p.ht” qui abritait le blog! Très peu d’informations sur ce qui s’est passé, ce sous-domaine a purement et simplement disparu!

J’ai résolu le problème en acquérant un domaine à moi, un beau domaine en “.net”. Pourquoi “.net”? J’aurais pu choisir “.be”, le prix était le même, mais voilà, j’ai choisi. Et puis il a fallu pas mal travailler pour récupérer les posts précédents, encore heureux que cet incident arrive sur un blog tout jeune !

J’espère que ça ne va pas se reproduire, ce genre de blague !

En tout cas je vais essayer d’avoir une stratégie prudente me permettant de récupérer le blog en cas d’incident futur.

On finira bien par en manger

Insectes frits sur un étal de marché (Commons)

Insectes frits sur un étal de marché (Commons)

Quoi? Mais des insectes, pardi !

Je ne sais pas si vous avez remarqué, mais pour ma part, il ne se passe pas une semaine sans que je lise un article ou que j’entende ou voie une émission consacré(e) à l’entomophagie.

En tout cas, les Nations-Unies poussent clairement dans cette direction.

Quant à la véritable campagne à laquelle nous sommes soumis, une petite recherche m’a permis d’en relever je ne sais combien rien que sur les derniers mois: Atlantico.fr (28/4/2013), Terrafemina (14/5/2013), La Dépêche (5/5/2013), Le Figaro (17/5/2013), La Presse.ca (22/5/2013), RCI (18/6/2013), Doctissimo (25/6/2013), BFMTV.com (12/08/2013), Radio Vatican (17/8/2013), Atlantico (19/8/2013), Les Echos (20/8/2013), BFMTV.com (21/8/2013), La Dépêche.fr (1/9/2013).

C’est clair, on n’y échappera pas !

Poudre de protéines à base d’insectes

Poudre de protéines à base d’insectes

Oh, au début ce sera assez discret. Ou plutôt, c’est discret. Vous ne devinez pas avec quoi est fait le rouge cochenille qu’on trouve dans les bonbons? Vous le connaissez mieux sous son petit nom, peut-être: E120 !

Et puis peu à peu on incorporera des produits provenant des insectes. Un bon candidat est une poudre protéique qu’on incorporera dans des barres énergétiques, puis dans des aliments reconstitués.

Ça va être gai !

Syrie et Moyen-Orient

Manifestation de l’opposition à Duma, le 8 avril 2011. Les manifestants ont d’abord utilisé les drapeaux nationaux avant de revenir à l’ancien drapeau de la Syrie.

Manifestation de l’opposition à Duma, le 8 avril 2011. Les manifestants ont d’abord utilisé les drapeaux nationaux avant de revenir à l’ancien drapeau de la Syrie.

Un article publié dans le Marianne cette semaine me semble être l’occasion d’une mise en perspective de ce qui se passe au Moyen-Orient sous un angle souvent occulté par nos médias: l’angle religieux.

Tout le monde en a plus ou moins entendu parler, ne fût-ce qu’à travers le débat qui a opposé les partisans et les adversaires d’une aide aux rebelles: les “rebelles” syriens ne sont pas exactement ce qu’on fait de mieux en terme de “combattants de la liberté luttant pour la démocratie“.

A cet égard, peu importe ce qui a transformé quelques manifestations en 2011 en une guerre civile dès 2012, le fait est qu’aujourd’hui, sur le terrain, l’opposition syrienne est constituée notamment de ce qu’on fait de plus sinistre en terme d’extrémisme musulman, puisque sans même parler des Frères Musulmans, on peut mentionner le groupe djihadiste “Front al-Nosra“.

Dans les zones qu’ils contrôlent, ces groupes ont mis en place des conseils locaux de la charia dirigés par des magistrats islamistes et une police religieuse.

Autant dire que si la rébellion l’emporte, il ne fera pas bon dans ce pays pour les autres.

Or rappelons le, il y a en Syrie aujourd’hui 74 % de musulmans sunnites, 16 % de musulmans chiites (dont 11 % d’alaouites et 3 % de Druzes), et 10 % de chrétiens.

Et depuis les années ’70, ce pays à majorité sunnite est dirigé, à travers la famille el Hassad, par une minorité chiite alaouite. Autant dire que les minorités, particulièrement la minorité alaouite, ont toutes les raisons de s’inquiéter d’une éventuelle arrivée au pouvoir de rebelles sunnites avec des éléments djihadistes peu enclins aux calins.

Bref, comme le souligne cet article, «Bachar el-Assad n’est que la partie visible d’un iceberg communautaire complexe et son éventuel départ ne changerait strictement rien à la réalité des rapports de pouvoir et de force dans le pays. Il y a derrière lui deux millions d’Alaouites encore plus résolus que lui à se battre pour leur survie et plusieurs millions de minoritaires qui ont tout à perdre d’une mainmise islamiste sur le pouvoir».

Mais que s’est-il passé pour que la situation dérape à ce point?

Que nous dit la théorie des choix publics?

Alors ça y est, la campagne est lancée. En tout cas, la N-VA a annoncé lancer sa campagne en septembre même si cela n’exclut pas un certain flou dans le message (j’y vais ou  j’y vais pas?).

Les petites phrases s’accumulent  et même si certains veulent calmer le jeu, c’est parti pour presque un an d’amusements.

Je profite donc de l’occasion pour mentionner quelque chose que j’ai découvert récemment sans l’avoir encore étudié de très près: la théorie ou l’école des choix publics.

Je vous en parle donc sans vous dire si je la partage, mais je dois dire qu’en tout cas elle ne me semble pas stupide, et qu’elle semble, dans ses postulats, pleine de bon sens.

De quoi s’agit-il donc?

La théorie des choix publics relie les sciences politiques et l’économie en analysant le comportement de la puissance publique et de ses représentants sous une approche économique.

Ça veut dire quoi?

Ça veut dire qu’on analyse la politique et les élections comme faisant partie intégrante d’un “marché” politique où les lois fondamentales de l’économie s’appliquent: les hommes politiques et les électeurs sont sur un marché où s’échangent des biens que sont le pouvoir, les bonnes décisions, les faveurs et les privilèges.

Cynique? Même pas: la théorie admet même que les hommes politiques sont sincèrement intéressés par la bonne gestion du pays. Simplement, le “bien” qui les intéresse c’est le pouvoir de réaliser leurs objectifs, et donc d’être élus !
L’autre acteur du marché, l’électeur, est analysé comme un consommateur de biens collectifs ou d’une politique donnée.

Le marché où se rencontrent ces acteurs est donc le marché politique, où l’action se traduit par l’échange de votes et de décisions publiques: selon un processus qui peut faire penser à l’échange marchand, un homme politique « achète » son élection en agissant pour accroître le nombre d’électeurs qui le soutiennent. L’électeur, quant à lui, « vend » sa voix ou son temps à une organisation politique qui défend ses intérêts (et donc ces organisations, ce qui inclut les syndicats, sont à leur tour acteur de ce marché en « vendant » leur influence pour « acheter » des décisions publiques.

Le marchandage politique est, dans ce cadre, une nécessité, car c’est à travers des échanges des votes et d’avantages que s’exprimeront les préférences individuelles et se prendront des décisions publiques qui maximisent la somme des utilités. Pas de jugement moral là-dedans, la théorie a pour but de décrire une réalité et  d’en décrire les conséquences.

Cette théorie relève donc que le marchandage politique peut parfois mener à la corruption ou du trafic d’influence: aux acteurs du marché politique de s’en rendre compte et de mettre en place les conditions qui permettent d’éviter ces “distorsions de concurrence”.
Cette théorie semble donc séduisante notamment parce qu’elle offre un outil d’analyse objectif de la politique.

Par exemple, le théorème de l’électeur médian indique que le parti politique, ou le candidat qui veut être élu, doit adopter la position de l’électeur médian (celui qui se trouve à mi-chemin de l’éventail total des différentes opinions). Ce théorème conduit au rapprochement des programmes électoraux dans le bipartisme.

Tout ça a l’air assez évident, mais l’avantage de la théorie est qu’elle permet de considérer cela sur le plan de la loi de l’offre et de la demande.

Ainsi, la théorie relève qu’avec plus de deux partis, les différences sont plus accusées et les positions extrémistes peuvent être plus avantageuses pour gagner les élections. Et voilà la N-VA expliquée !

Mais elle offre parfois des considérations un peu déprimantes.

Par exemple, une des conclusions de la théorie des choix publics est que les démocraties produisent moins de « bonnes » décisions que l’optimum en raison de l’ignorance et de l’indifférence rationnelle des électeurs.

Explication de cette “indifférence rationnelle” : aucun électeur particulier ne peut s’attendre à ce que sa voix ait un poids sensible sur le résultat des élections, alors que l’effort nécessaire pour s’informer afin de voter en toute connaissance de cause est important.
Ainsi, le choix rationnel de l’électeur est de rester dans l’ignorance, voire de s’abstenir. La théorie implique donc une ignorance massive du corps électoral et un taux d’abstention important.

Plus d’informations?
Théorie des choix publics, Article de Wikipédia
Théorie des choix publics, forum de Sciences Po

Futurologie

Le Vif de cette semaine consacre un article intéressant aux prévisions que Isaac Asimov avait fait en 1964 pour 2014, et à leur étonnante exactitude.

Asimov, pour ceux qui ne connaissent pas, c’est un des écrivains qui a transformé la littérature de science-fiction dans les années ’40, et qui est resté, jusque dans les années ’70, un des grands de cette littérature (il était considéré comme un des “Trois Grands” à côté de Robert Heinlein et de Arthur Clarke). Les trois lois de la robotique de “I, Robot“, c’est lui.

Docteur et enseignant en biochimie, Asimov n’était pas qu’un écrivain et son horizon ne se limitait pas à la science-fiction, mais quand il envisageait l’avenir, sa vison était étonnamment prophétique.

Ainsi, en 1964, il décrivait assez fidèlement le monde de 2014 comme un monde commençant à souffrir de surpopulation et ayant atteint un niveau technique qui ressemble fort à ce que nous connaissons, très éloignés des délires technologiques que ce genre d’exercice donne généralement.

L’article du Vif rappelle qu’en 1988, Asimov faisait une description étonnante de ce que serait internet dans une interview. Bien sûr il est un peu optimiste quant à l’usage culturel et éducatif qui serait fait d’internet, mais un peu d’optimisme ne fait jamais de tort.

En tout cas, ses vues sur l’éducation sont fascinantes (“si quelqu’un s’intéresse tellement au basket ball, qu’il recherche tout ce qui concerne le basket ball, il pourrait bien être amené à s’intéresser aux mathématiques ou à la physique pour en comprendre certains aspects” – à quoi j’ajouterais la stratégie).

J’ai aussi relevé aussi cette intervention de Asimov qui date de 1989.

Alors qu’on lui demande quel est selon lui le fait scientifique le plus important de 1988, il déclare que c’est là un exercice difficile, car seule une perspective historique permet de dire ce qu’était l’événement important à un certain moment…mais il poursuit en disant que l’événement de 1988 est, selon lui, la prise de conscience de l’existence de l’effet de serre. 1988 est effectivement l’année au cours de laquelle l’ONU a créé le GIEC. Mais il fallait avoir une sacrée capacité de mise en perspective pour pointer cela comme le fait le plus important de l’année !