C’est beau la science !

John Mainstone photographié devant son expérience en 1990 (Commons)

John Mainstone photographié devant son expérience en 1990 (Commons)

John Mainstone, ancien directeur du département de physique de l’université du Queensland, vient de discrètement mourir à l’âge de 78 ans. Son nom ne vous dit sans doute rien, mais est-ce que vous vous souvenez de cette annonce, au mois de juillet, de la réussite de “l’expérience de la goutte de poix“, l’expérience la plus ancienne au monde?

Mais si, souvenez-vous, cette expérience destinée à mesurer l’écoulement d’une goutte de poix, et qui avait duré près de 70 ans !

Eh bien John Mainstone a suivi pendant 52 ans cette expérience qui lui a valu un prix Ig Nobel qu’il avait reçu avecThomas Parnell, le créateur de l’expérience en 1927.

Outre un rappel de cette expérience étrange, l’événement nous permet donc de nous remémorer les prix Ig Nobel, prix décernés aux recherches les plus improbables, dont le nom est un jeu de mots entre “ignoble” et “prix Nobel”.

Par exemple en 2012, le Ig Nobel de physique Physique a été délivré à des chercheurs qui avaient calculé les forces en action dans une queue de cheval humaine.

Combien de niveaux de manipulation?

Soldats iraniens portant des protections contre les armes chimiques (Commons)

Soldats iraniens portant des protections contre les armes chimiques (Commons)

Alors qu’on se demande qui, en Syrie, manipule qui en utilisant les syriens comme des pions, c’est à une autre manipulation, évidente celle-là, que je voudrais consacrer mon second article: celle qui a été lancée  contre les États-Unis justement dans le cadre du dossier syrien le jour même où des inspecteurs de l’ONU se faisaient tirer dessus par de maladroits et bien pratiques snipers.

Tout est parti d’un article du site Foreign Policy immédiatement repris par le site de la RTBF, 7sur7, France24, etc (je n’ai pas fait le tour de tous les journaux), et dont la substance est la suivante:”pendant la guerre Iran-Irak, les États-Unis ont aidé Saddam Hussein à gazer les troupes iraniennes.”

Évidemment, le message sous-jacent est que les États-Unis, eux-mêmes coupables par association d’avoir participé à un tel crime, n’auraient donc pas le droit de donner des leçons à la Syrie.

Passons sur le fait que ce raisonnement est largement fallacieux (ce type de raisonnement peut en fait interdire à qui que ce soit de dire quelque chose à propos de n’importe quoi).

Par contre ce qui est particulièrement étonnant, outre le timing très heureux, ce sont les éléments suivants:

Le site Foreign Policy affirme baser ce qu’il affirme sur des documents exclusifs et secrets récemment déclassifiés. Or l’examen du dossier qu’ils publient nous montre une série de documents déclassifiés entre 2009 et 2010. On repassera pour le scoop.

Mais le plus intéressant est le contenu des documents: à aucun moment ceux-ci ne contiennent le moindre élément venant à l’appui des affirmations de Foreign Policy. Bien sûr, on y découvre des services de renseignement américains au courant de l’usage d’armes chimiques par Saddam, mais pas la moindre trace d’aide. Au contraire, si je puis dire, on y découvre des analyses sur la façon dont l’Irak s’est procuré les moyens de fabriquer des armes chimiques, analyses qui n’auraient aucun sens si l’aide avait été américaine (soit dit en passant, la CIA pointe l’Allemagne de l’ouest parmi les coupables habituels, URSS et autres pays du bloc de l’est de l’époque).

Bien sûr on pourrait s’offusquer que les États-Unis n’aient pas réagi à l’époque. Mais ça c’est une autre question. A l’époque, tout le monde savait que l’Irak utilisait des gaz de combat notamment contre sa population, et personne n’a bougé le petit doigt (mais on pourrait sans doute faire un lien entre ces événements et le sort ultérieur de Saddam).

Quoiqu’il en soit, je ne sais pas si l’affirmation clé de ces articles contient une part de vérité, mais j’en doute, et en tout cas les affirmations qui nous ont été balancées aujourd’hui sont basées sur du vent.

Je dois à la vérité de dire que beaucoup de grand médias se sont abstenus de suivre Foreign Policy. Dans les prochains jours, il vous suffira de compter ceux qui reprendront ce bobard. Une bonne manière de distinguer les journalistes de qualité de ceux qui sont, au mieux, incapables de lire une source et au pire, complices de cette manipulation.

Reste, ceci dit, l’autre versant de la manipulation, traité dans mon message précédant.

Qui manipule qui?

Manifestation à Washington suite aux rumeurs d'attaques chimiques (AFP)

Manifestation à Washington suite aux rumeurs d’attaques chimiques (AFP)

Si vous suivez l’actualité, vous savez que le sujet du moment est savoir (i) si effectivement il y a eu usage de gaz de combat en Syrie (ça, ça semble peu douteux), (ii) qui est responsable (là, c’est moins clair) et (iii) si cela provoquera une intervention étrangère.

Il est évident que à ce niveau là, diverses manipulations sont possibles. Une première question qui peut venir à l’esprit est: “Qui a intérêt à provoquer une intervention étrangère?“. La réponse à cette question est: en tout cas pas Bachar el-Assad !

Bien sûr, il y a cet article du Figaro qui explique que cette attaque chimique serait une réponse d’el-Assad à une offensive dangereuse sur Damas par des commandos notamment étrangers (?), mais je ne trouve pas tout à fait convaincante l’image d’un Bachar el-Assad acculé au point de devoir bombarder de projectiles au gaz la population de sa capitale. Non pas que je prenne Assad pour un saint, simplement je ne le prend pas pour un imbécile !

Les dernières fois qu’on nous a fait le coup de l’intervention humanitaire m’ont généralement laissé avec un drôle de goût dans la bouche, que ce soit la guerre du Golfe de 1990, celle de 2003 ou d’Afganistan ou encore l’intervention en Lybie (je considère un peu à part l’opération en Somalie en 1992) et je commence à trouver assez étrange la rapidité avec laquelle on parle soudain d’intervention contre des cibles en Syrie.

Ce coup là, je me lance !

Il y avait un moment que j’y avais pensé sans vraiment m’y arrêter, puis quelqu’un me l’a suggéré et l’idée a fait son chemin, et puis voilà qu’aujourd’hui se présente une occasion, et donc voilà, je crée mon blog.

Le contenu pourra en être très divers, je me laisse de la marge, mais en tout cas son point de départ sera d’exprimer mon avis sur l’actualité ou son traitement de manière très large.

Pourquoi Le Busard? Ben, il est beau cet oiseau, non? Et il a de bon yeux ! Et puis comme j’ai envie de buser certains journalistes….