Ne pas confondre pseudo-énigme amusante et cours d’économie!

Vous connaissez peut-être cette petite histoire amusante: Argent

Ça se passe dans un très petit village qui vit du tourisme, sauf qu’à cause de la crise économique il n’y a plus de touristes. Tout le monde emprunte à tout le monde pour survivre. Plusieurs mois passent, misérables. Arrive enfin un touriste qui prend une chambre. Il la paie avec un billet de 100 $.

Le touriste n’est pas aussitôt monté à sa chambre que l’hôtelier court porter le billet de 100 $ chez le boucher, à qui il doit justement cent dollars. Le boucher va aussitôt porter le même billet au paysan qui l’approvisionne en viande. Le paysan, à son tour, se dépêche d’aller payer sa dette à la pute à laquelle il doit quelques passes. La pute boucle la boucle en se rendant à l’hôtel pour rembourser l’hôtelier qu’elle ne payait plus quand elle prenait une chambre à l’heure. Comme elle dépose le billet de 100 $ sur le comptoir, le touriste qui venait de dire à l’hôtelier qu’il n’aimait pas sa chambre et n’en voulait plus, ramasse son billet et disparaît.

Rien n’a été dépensé, ni gagné. N’empêche que plus personne dans le village n’a de dettes.

Apparemment, certains trouvent malin d’ajouter ensuite:

N’est-ce pas ainsi qu’on est en train de résoudre la crise mondiale ?

Apparemment, certains se construisent des scénarios où l’histoire est re-racontée avec touriste = G20 ou troïka, hôtelier = banque, boucher = France ou Grèce, paysan = citoyen, prostituée = emprunt.

C’est vouloir faire dire à cette petite histoire beaucoup plus qu’elle ne le peut.

En fait d’énigme, il s’agit d’une pseudo énigme qui ne semble bizarre que par la relative complexité des relations dans le village. La question sous-jacente supposément mystérieuse est “Comment se peut-il que avant il y a des dettes dans tous les sens, et à la fin plus personne n’a de dette?“.

En fait, la réalité est que la situation finale est présente en germe dès le départ, puisque la situation de chaque personne dans l’historiette est parfaitement équilibrée: chacun a une dette et une créance de même valeur, c-à-d que chacun a une situation bilantaire neutre.

Supposons un instant une situation où il n’y a que 2 personnes. Si A doit 100 à B et que B doit 100 à A, les deux dettes s’annulent, puisqu’elles sont de parfaits symétriques. Ça s’appelle la compensation. Par contre, lorsque A doit à B qui doit à C qui doit à A, on a une situation tripartite où les dettes et créances ne sont plus parfaitement symétriques et où la simple compensation ne fonctionne pas automatiquement. C’est le cas de cette histoire. Il faut alors “provoquer” la compensation et ajouter un nouveau mécanisme pour que la situation se dénoue.

Plutôt que détailler les relations et la façon dont elle pourraient se dénouer sans le billet de 100 par la négociation, je vais simplement vous montrer comment elles peuvent se résoudre sans l’intervention du touriste.

En fait, il suffirait que l’hôtelier écrive sur un bout de papier quelque chose du genre “je promet de donner 100 au porteur de ce billet dès que j’aurai 100 en caisse” et le donne au boucher à qui il doit 100. Le boucher propose au paysan à qui il doit 100 d’accepter d’annuler la dette du boucher contre le billet, et le paysan se laisse convaincre parce qu’il pense que l’hôtelier aura rapidement les 100 dans sa caisse. Le paysan va ensuite chez la pute en proposant la même chose, à savoir l’annulation de ce qu’il lui doit contre le papier de l’hôtelier. La pute, qui est elle-même en dette vis-à-vis de l’hôtelier, trouve l’idée très pratique, elle accepte le billet et va ensuite chez l’hôtelier à qui elle propose le billet contre l’annulation des 100 qu’elle lui devait. L’hôtelier accepte, évidemment, reprend son billet et le déchire.

Le résultat est exactement le même ici qu’avec le billet du touriste.

On voit donc bien qu’il s’agit d’une fausse énigme: rien d’énigmatique dans un mécanisme qui permet de dénouer des dettes croisées qui s’annulent.

Au niveau économique, l’histoire montre deux choses.

D’abord que le crédit aide l’activité économique, puisqu’il y a eu des échanges économiques dans le village grâce au crédit, échanges qui n’auraient pas eu lieu sinon.

Ensuite elle montre une des fonctions élémentaires de la monnaie qui est d’être un symbole permettant de “huiler” les échanges économiques.

Quant à supposer que cette historiette pourrait servir à dénouer la crise de la dette, c’est une autre histoire.

Encore une fois, dans l’histoire, les dettes sont circulaires, chacun a à la fois une dette et une créance de même montant, c-à-d une situation bilantaire nulle.

C’est très très loin d’être le cas dans le cas de l’endettement des pays tels que la Belgique, la France ou la Grèce. La Belgique n’a aucune créance à faire valoir (j’exclus ici les quelques milliards prêtés à la Grèce qui ne sont qu’une goutte d’eau face à la dette). Ou plutôt, la seule créance qu’elle ait c’est vis-à-vis de sa propre population, sur les revenus futurs et les taxes qui seront levées dessus.

Les gigantesques dettes occidentales publiques actuelles sont détenues par exemple par des acteurs des pays producteurs de pétroles ou de la Chine. Et eux par contre ont peu de dettes. La situation de la dette mondiale qu’a donc que peu de rapport avec la petite histoire racontée.

Le seul faible lien que cette histoire a avec la réalité est que les États paient leurs dette avec de la monnaie, monnaie qui est elle-même une forme de bout de papier qui promet le paiement quand les richesses seront produites et taxées dans l’avenir.

Piétonnier de Bruxelles

Alors ça y est, vendredi soir, quand j’ai roulé sur les boulevards, c’était la dernière fois.
Bon, je ne vais pas me lancer dans une critique de ce piétonnier sur le plan des principes, mais plutôt sur la forme. Et là je voudrais me concentrer sur les trucs qui me semblent le plus bizarre: la mise en piétonnier de la place Fontainas, et l’étrange sort de la rue Van Artevelde.
Le piétonnier de la place Fontainas

Le piétonnier de la place Fontainas : un ilot !

Voici le piétonnier de la place Fontainas, en mauve, tel qu’il apparait sur le site de la ville.

J’ai du mal à comprendre ce morceau de piétonnier séparé du reste du piétonnier par le boulevard Anspach encore roulant dans la direction midi (après Fontainas, le boulevard devient Lemonnier).

En fait, le piétonnier de la place Fontainas n’est pas relié du tout au reste du piétonnier.

Second élément bizarre, la rue Van Artevelde, qui a été mise à sens unique dans les deux sens. J’explique: d’abord depuis la porte d’Anderlecht jusqu’au croisement avec la rue des 6 Jetons, la rue d’Anderlecht puis la rue Van Artevelde sont à sens unique vers la ville. Par contre, là, celui qui roule vers la ville rencontre un sens interdit, parce que la même rue van Artevelde est, sur ce tronçon, à sens unique vers l’extérieur de la ville. Et il en est ainsi jusqu’au parking 58 sur sa continuation (rue de la Vierge Noire, rue de Laeken).

Voyons comment ces deux problèmes sont liés, et comment ils vont provoquer l’arrivée dans un goulot d’étranglement de ceux qui veulent rejoindre l’ouest de Bruxelles (Midi, Anderlecht, etc) à partir du centre et de ceux qui veulent aller vers le centre. Bref, un beau foutoir en perspective.
La place Fontainas comme goulet d'étranglement

La place Fontainas comme goulet d’étranglement

Si vous voulez quitter le centre vers le midi vous avez grosso modo le choix entre deux trajets.

C’est donc: soit rue Fossé au Loups, traverser le boulevard, rue des Augustins, prendre à gauche rue de Laeken (Parking 58) puis tout droit, rue de la rue de la Vierge Noire et rue Van Artevelde, jusqu’à ce que vous soyez coincé quand la rue Van Artevelde devient sens unique DANS L’AUTRE SENS ! Que vous alliez vers l’extérieur ou vers l’intérieur, vous devrez alors prendre la rue des 6 Jetons soit vers le boulevard Lemonnier, soit vers l’extérieur.

Prendre la rue des 6 Jetons vers l’extérieur vous amène vers de minuscules rues, avec une seule échappatoire qui vous amène au boulevard de l’Abattoir aux environs de la porte de Ninove. Pas terrible.

Reste donc, pour tout le monde, la rue des 6 Jetons vers le boulevard Lemonnier, pour rejoindre la place Fontainas dont vous ferez le tour pour rejoindre le boulevard Lemonnier soit pour aller vers le midi soit pour remonter le rue des Bogards puis la rue des Alexiens vers le Boulevard de l’Empereur (soit dit en passant, vous vouliez aller au centre, vous vous retrouvez boulevard de l’Empereur, pas fameux non plus pour un plan de circulation censé décourager le trafic de transit!).

Autre solution pour ceux qui veulent sortir de Bruxelles, descendre par la rue du Lombard et la rue des Teinturiers (plus possible de prendre la rue du Midi à gauche), vous arrivez donc au Bd Anspach que vous prenez à gauche (à droite, vers De Brouckère, c’est fermé, à gauche, une bande dans le sens midi) ce qui vous amène place Fontainas, fermée et piétonne, que vous devez donc contourner, mais en laissant passer ceux qui arrivent de la rue des 6 Jetons.

Bref, l’essentiel du trafic pour le midi et de ceux qui cherchent à se rendre au centre va se retrouver place Fontainas, sur une minuscule rue. J’y ai vu un bus qui manœuvrait très difficilement aujourd’hui.

 

Il y a dans ce plan pas mal de bêtises, mais celle-là a le pompon pour moi, et je prédis un cauchemar dans ce secteur.S’il y a une chose à supprimer dans ce plan, c’est donc la mise de la place Fontainas en piétonnier et la mise de la rue Van Artevelde à sens unique contradictoire.

Trop de chats à Lasne?

ChatAlors ça y est, la seconde phase est lancée, depuis le 1er septembre 2014, même les particuliers ne peuvent plus même donner un chat sans le stériliser, lui faire mettre une puce et l’enregistrer.

Soit dit en passant, on a beau vous parler de loi, il s’agit d’un arrêté royal : AR du 3 août 2012 (publié au Moniteur le 28 août) relatif au plan pluriannuel de stérilisation des chats domestiques.

Alors bon, je ne suis pas le seul à critiquer cette réglementation, mais il faut que je vous dise, je suis juriste de formation, et je n’ai jamais, JAMAIS, vu une réglementation aussi débile.

Quel que soit le sens dans lequel on l’examine, cet arrêté royal ne tient pas une seconde la route.

D’abord, impossible de le respecter :on donne classiquement un chaton vers 6 à 8 semaines, un âge où il est impossible de le stériliser.

Ensuite, il semble clair que le citoyen qui souhaiterait respecter la réglementation choisira la voie la moins chère qui consistera à déposer les chatons dans un refuge.

Mais surtout je n’ai jamais entendu parler d’une réglementation qui, par sa nature même, a pour objectif de ne pas être respectée par tous. En effet, son respect aurait pour conséquence la disparition pure et simple de son objet, c-à-d les chats. En clair, si, cette réglementation est respectée, il n’y aura plus de chats à court terme. Voilà une réglementation qui n’a clairement pas pour objectif d’être respectée, juste qu’un pourcentage raisonnable de gens la respectent, avec peut-être quelques couillons qui se feront attraper.

Or, pondre une réglementation qui par sa nature même a pour objectif de ne pas être respectée par tous, c’est, littéralement, une hérésie juridique.

Ah, et si vous vous demandez ce que vous risquez, il faut se reporter à la loi du 14 août 1986 (relative à la protection et au bien-être des animaux) sur laquelle l’arrêté royal de 2012 est basé. D’après ses article 41 et 41bis, l’amende est de 52 à 500 euros, mais on peut recevoir une proposition de transaction de minimum 26 euros. Tenant compte des décimes additionnels cela ferait 156 euros minimum. Et les animaux peuvent être saisis.

Hurricane Carter innocent?

Le décès de Hurricane Carter est l’occasion, pour la presse unanime, de parler de Bob Dylan et de nous apprendre que Hurricane Carter était innocent.

Quelques faits doivent être rappelés:

  • Carter avait eu quelques ennuis dans sa jeunesse pour avoir attaqué un homme (notamment un coup de couteau) pour le voler.
  • Il nous est présenté comme un boxeur dont la carrière était prometteuse, en fait dès 1963, sa carrière de boxeur s’étiolait, avec impact sur ses revenus.
  • Sans rentrer dans les détails du dossier, les témoignages (notamment des autres accusés) et les preuves désignant Carter comme un des participants de l’attaque meurtrière de 1966 étaient indirects mais assez solides (par exemple, les douilles correspondant aux armes utilisées retrouvées dans sa voiture qui correspond à la description de la voiture utilisée par les assassins) , même si certains témoignages ont varié avec le temps.
  • Carter fut une première fois condamné en 1967.
  • Notamment suite à un témoignage ayant changé, un nouveau procès eut lieu en 1976. Les jurés, parmi lesquels deux noirs, condamnèrent à nouveau Carter. Parmi les éléments de ce second procès, certains des témoins ayant joué le rôle d’alibi pour Carter étaient revenus sur leur témoignage (en fait, aucun élément ne fût jamais présenté à l’appui de l’innocence de Carter).
  • En 1985, un juge libéra Carter sur base du fait que selon lui, la condamnation avait résulté du racisme.
  • Quasiment 20 ans s’étant écoulé depuis les faits, le procureur estima ne plus avoir aucune chance d’obtenir une condamnation.

Alors, innocent? Possible. Mais possible aussi qu’il ait tout simplement habilement profité du mouvement des droits civiques et s’en soit finalement tiré en jouant la carte du racisme, un peu comme cet autre sportif célèbre qui s’en est tiré de la même façon?

 

Météore et statistiques

Une banquette de voiture et la météorite qui l’a traversée. (source: Commons)

Une curieuse nouvelle fait un peu parler d’elle depuis quelques jours: un parachutiste aurait filmé un météore qui l’aurait frôlé (voir la vidéo ci-dessous). La première idée est évidemment de se demander s’il ne s’agit pas d’un “faux”, un hoax comme on dit.

En fait, l’histoire est totalement vraisemblable.

Réglons rapidement la question du “mais un météore c’est brillant”.

Quand un météore pénètre notre atmosphère, il voyage à une vitesse de plus de 250.000 km/h (75 km/s) et est violemment ralenti par la friction qui provoque un grand dégagement de chaleur et de lumière. Mais c’est là une phase qui se passe à plus de 20.000 mètres d’altitude. Si le météore n’est pas volatilisé par la chaleur, il finit par ralentir jusqu’à la vitesse maximale d’un objet en chute libre dans l’atmosphère, c-à-d entre 300 et 600 km/h. C’est sa période “vol sombre”, encore jamais capturée par une caméra, et c’est la vitesse à laquelle il voyage sous les 20.000 mètres jusqu’à ce qu’il atteigne le sol.

Le truc surprenant que j’ai appris en faisant quelques recherches est que tous les jours, environ 150 météores de plus de 10 grammes atteignent le sol de notre planète! Et parmi ces 150, une dizaine pèsent plus de 1 kilogramme! Évidemment, la probabilité d’une  rencontre telle qu’elle a été filmée reste extraordinairement faible, mais comme le signale le site futura-science, la multiplication des humains filmeurs, équipés d’un enregistreur sur la tête, voire de Google Glass, rend la rencontre plus facile.

Et donc: vidéo vraisemblable, le type a apparemment eu beaucoup de chance (et a failli avoir beaucoup de malchance, à quelques mètres près).

Note: il existe une explication alternative à ce film, un bout de caillou pris dans le parachute et qui serait tombé au moment de l’ouverture. La question reste ouverte.

La vidéo:

Quelle est la presse la plus crédible?

Le traitement d’une information encore peu connue pour l’instant me donne une excellente occasion d’analyser l’approche des divers médias.

L’information est la suivante: une conversation téléphonique du 26 février dernier entre Urmas Paet, ministre estonien des affaires étrangères et Catherine Ashton, haut représentant de l’Union européenne pour les affaires étrangères, a été enregistrée et rendue publique le 5 février. Vous pouvez écouter la totalité de la conversation ici.

Lors de cette conversation, Urmas Paet y évoque des informations qui lui ont été donnée par une certaine Olga, un médecin, selon lesquelles il y aurait eu des victimes du(des) même(s) sniper(s) des deux côtés (manifestants et police) et que le nouveau pouvoir, en refusant d’investiguer, accréditerait la thèse de snipers ne travaillant pas pour le président Lanoukovich mais bien pour des personnes de la coalition.

L’information, telle qu’elle est actuellement, est extrêmement intéressante pour l’analyse des medias pour la raison suivante: tout le monde, aussi bien nous que les medias, part avec le même matériau de base, une conversation téléphonique qui a fuité et dont l’authenticité est confirmée (par Paet lui-même).

Rendue publique le 5 mars, voici comment cette information est traitée au  6 mars par les medias.

Commençons par CNN, qui rapporte l’information en constatant en titre que l’appel téléphonique “soulève des questions au sujet de qui était derrière les snipers en Ukraine“.

L’article de CNN rapporte les éléments essentiels, à savoir

  • que Paet rapporte une conversation qu’il a eue avec une certaine Olga, qu’il dit être médecin, et qui lui aurait dit que selon elle les snipers auraient tué  de la même façon manifestants et policiers;
  • que Paet lui-même est troublé par le fait que la coalition en place ne veut pas enquêter sur le sujet, et que cela l’amène à faire un lien entre ces faits et le fait que nombreux seraient ceux qui envisagent un lien entre quelqu’un de la coalition et les snipers.

CNN rapporte que la réaction de Ashton est d’abord d’étonnement et ensuite qu’il faut investiguer.

Outre le contenu même de la conversation, CNN indique ne pas avoir pu confirmer l’identité de “Olga”, mais indique que selon l’agence Novosti, ce serait Olga Bogomolets, un médecin interviewé par CNN il y a un mois, alors qu’elle disait  traiter des victimes de snipers professionnels (cette information donnée par CNN remet peut-être en cause l’exactitude de l’identité donnée par Novosti mais, en tout cas, souligne une apparente contradiction dans les déclarations de Bogomolets, s’il s’agit bien d’elle).

Enfin, CNN indique ne pas avoir obtenu de réaction des autorités ukrainiennes, ni de Paet (sauf pour dire “ne tirez pas trop de conclusion de cet échange”) ou d’Ashton.

Bref: une analyse purement factuelle qui donne toutes les informations importantes sans donner des informations absentes et en indiquant les points incertains ou encore ouverts.

Du côté des medias russes, on trouve par exemple Russia Today (RT.com) qui annonce la couleur dès le titre: “Les snipers de Kiev ont été engagés par le leaders de Maidan“.
Bien sûr, le premier problème est ce titre, qui, outre qu’il considère comme établi ce qui n’est qu’un soupçon rapporté par ouï-dire par Paet, fait le lien entre les snipers les “leaders de Maïdan”, ce qui est totalement absent de la conversation (qui parle de “quelqu’un de la coalition au pouvoir”).

Le contenu de l’article lui-même semble poser moins de problème, même si sa structure laisse à désirer: ainsi, il mentionne dès le début les doutes de Paet au sujet du lien snipers-coalition, et ne mentionne que après le contenu relatif au Dr Olga. Ce faisant, l’article inverse la ligne du temps de la conversation Paet-Ashton de sorte que la conversation avec Olga semble être une confirmation supplémentaire du doute émis par Paet, alors qu’elle est à l’ origine de ce doute.

Bref: un traitement subtilement biaisé qui transforme des interrogations de Paet en une affirmation résumée dans le titre de l’article.

Le reste des medias russes est moins subtil:

La voix de la Russie, en français, ne s’embarrasse même pas de ces subtilités et se borne à donner, comme information, une contre-information: “Selon Urmas Paet, les personnes qui ont trouvé la mort à Kiev des deux côtés ont été tuées par les mêmes snipers qui auraient été engagés par les leaders de Maïdan.” (pour ceux qui n’auraient pas suivi: ce n’est pas Paet qui dit cela, il rapporte les dires de quelqu’un d’autre, par ailleurs il ne parle pas des leaders de Maydan, mais bien de personnes de la coalition).

Dans la même ligne ou à peu près, Novosti affirme que Paet a déclaré “que selon toute vraisemblance, les leaders de l’opposition ukrainienne ont recruté les snipers qui ont tiré sur les manifestants et les policiers lors des troubles à Kiev“. On cherchera en vain dans les paroles de Paet une affirmation aussi péremptoire.

The Guardian adopte une attitude quasi symétrique à RT: quoique son article soit plus factuel et moins biaisé, le titre n’en est pas moins: “Une conversation enregistrée révèle l’existence d’une théorie de la conspiration au sujet des snipers de Kiev“, ce qui, vu l’aura qui entoure le concept de théorie de la conspiration, relègue toute question au sujet de ces snipers dans le domaine de l’affabulation.

Du côté francophone, Le Temps rapporte l’information de manière condensée mais assez correcte. Dans les petites imprécision, je relève notamment le fait que le journal évoque “les sources” de Paet à Kiev, alors que sa source est unique: Olga.

Olga que personne ne semble avoir clairement identifiée jusque-là.

Au moment où j’écris, 6 mars à 22h00, aucun autre journal francophone n’a repris l’information à ma connaissance, ce qui est en soi intéressant.

Et pendant ce temps, là, sur les sites de désinformation habituels (vous savez, ceux qui se présente  comme des sites d’information alternative, comme global researchinfowars), on reprend, en l’embellissant, la substance de l’article de la Voix de la  Russie: c’est certains, les snipers n’étaient pas employés par le gouvernement, d’ailleurs c’est l’Europe qui les a envoyés (ou les États-Unis, ou le nouvel ordre mondial, choisissez votre ennemi et faites-lui endosser le crime).

Soit dit en passant, je ne sais pas qui a utilisé des snipers. Je n’exclus pas qu’il y ait eu des agents provocateurs. La conversation Paet-Ashton contient quelques bouts d’information qui semblent indiquer la possibilité d’une provocation, mais plus que le fond, dont on verra sans doute des développements dans les prochains jours, ce qui m’intéressait ici était ce que les divers médias feraient à partir du même matériau à chaud, et je constate que:

  • CNN est remarquablement factuel et complet, allant jusqu’à indiquer clairement quelles informations ne sont pas claires ou pas disponibles et laissant ouvertes des questions importantes ;
  • les medias russes transforment plus ou moins subtilement l’information pour lui faire dire ce qu’elle ne dit pas ;
  • Le Guardian traite l’information comme quasiment une non information (“Paet rapporte l’existence d’affabulations sur les snipers”, ce qui laisse de côté la réelle inquiétude de Paet) ;
  • La presse francophone, à part le temps, est muette sur le sujet (RTBF.be publie la vidéo, mais sans commentaire);
  • Le Temps rapporte assez objectivement la substance de l’info, mais la déforme légèrement par souci de concision ;
  • Les sites d’informations alternatifs sont à côté de la plaque: l’information est manipulée afin de rentrer dans le schéma d’analyse spécifique du média concerné.

Voilà, vous pouvez faire l’analyse vous-mêmes. Le plus difficile à analyser est évidemment le vide: ceux qui n’en parlent pas font-ils un choix délibéré, ou bien considèrent-ils tout simplement que l’information est, pour l’instant, trop parcellaire? Seul l’avenir nous le dira.

Évidemment, mes conclusions ici sont des conclusions ponctuelles sur base d’une information. Cela ne veut pas dire nécessairement que ces conclusions sont correctes en tous temps.

La mort à la peine !

5954717390_une-salle-pour-injonction-letaleDennis McGuire, un salopard qui avait violé et assassiné une femme enceinte en 1989, a été exécuté hier dans un pénitencier de l’Ohio.

Comme les fabricants de la drogue précédemment utilisée ont arrêté d’en fournir pour les exécutions capitales, McGuire a été exécuté avec un nouveau cocktail de drogues qui n’avait pas encore vraiment fait ses preuves.

En fait, déjà utilisé une première fois, il n’avait pas semblé être aussi efficace, et les avocats de McGuire avaient essayé de faire arrêter l’exécution sur base de la souffrance supposée que le condamné pouvait subir, exposant que leur client allait mourir de suffocation causée par la paralysie.

C’était intelligent de leur part. Il faut en effet savoir que la peine de mort a connu un moratoire au États-Unis dans les années ’70: de 1967 à 1977, il n’y a pas eu d’exécution capitale aux États-Unis, et en 1972, la Cour Suprême avait estimé que la peine de mort, telle qu’elle était appliquée dans les états de l’union, était un un châtiment cruel et inhabituel.

En 1976, la Cour Suprême valida à nouveau la peine de mort, notamment parce que les états concernés avaient revu les conditions d’application de celle-ci. C’est l’époque où les exécutions par injection létale sont apparues, méthode sensée être “plus humaine”.

Or voilà que McGuire a agonisé pendant 15 à 20 minutes ! Un juge fédéral avait rejeté le recours de ses avocats en jugeant que la preuve n’avait pas été faite que McGuire courait un risque substantiel d’expérimenter une souffrance sévère. Il se pourrait bien que sa mort change quelque peu les choses !

Ze Bellens Affair

Qui pour remplacer Bellens?, se demande La Libre Belgique. Bon, si vous voulez mon vote, comme il est temps que ça s’équilibre un peu, je vote pour Dominique Leroy qui est absolument parfaite pour le rôle.

Évidemment, il pourrait être difficile de la convaincre de gagner trois fois moins pour une promotion.

Je n’ai pas envie de m’étendre sur la saga Bellens, un type imbuvable qui a eu quelques bonnes idées, je veux juste dire un truc: au concours de celui qui dit la plus grosse connerie, Bellens a été très très largement battu par Laurette Onkelinx et son “Je pense que (le patron de Belgacom Didier Bellens) est un génie stratégique qui se double d’une personnalité qui a quelques difficultés: cette addiction à l’argent c’est un problème de santé“.

Je ne pense pas que qu’un jour une personnalité du niveau de responsabilité de Onkelinx batte un jour cette profonde pensée qui a fait explorer mon stupidity-meter: psychologie de comptoir, suffisance insupportable, et même pas l’excuse d’être drôle.

En fait, mon problème est que je ne suis pas près de pardonner à Onkelinx d’avoir, par sa faute, tout d’un coup senti un élan d’empathie pour Bellens !

Immunothérapie

Une Cour d’Assises

Et donc nous avons d’un côté Bernard Wesphael, accusé du meurtre de son épouse et de l’autre côté Laurent Louis, accusé de recel de pièces d’un dossier judiciaire et de calomnie.

Le cas Wesphael commence de la façon suivnte: le jeudi 31 octobre, Wesphael est à Oostende avec son épouse, Véronique Pirotton. Après une soirée arrosée, ils rejoignent leur chambre d’hotel. Plus tard, Wesphael appelle la réception paniqué: il vient de découvrir sa femme inconsciente. Les secours et la police arrivent. La mort de Véronique Pirotton est constatée. Ensuite ce n’est pas 100% clair, mais Bernard Wesphael est arrêté.

Petit souci, Wesphael est un parlementaire, et la Constitution belge, en son article 59, expose notamment que “Sauf le cas de flagrant délit, aucun membre de l’une ou de l’autre Chambre ne peut, pendant la durée de la session, en matière répressive, être renvoyé ou cité directement devant une cour ou un tribunal, ni être arrêté, qu’avec l’autorisation de la Chambre dont il fait partie.

Pour faire simple, le principe de base est qu’un parlementaire jouit d’une immunité pendant la durée de son mandat. Toute poursuite, pendant cette période, ne peut se faire qu’avec l’accord de la Chambre concernée, sauf en cas de flagrant délit.

L’exception est cohérente avec le principe: outre la protection du travail parlementaire en général,  l’idée générale est notamment de protéger un parlementaire contre une machination ou un complot qui le viserait. Dès lors l’exception de flagrant délit se conçoit: quand on est pris “sur le fait”, pas question de machination en principe.

Or, pendant plusieurs jours la question était là: y avait-il ou non flagrant délit?

Concernant le concept de flagrant délit, les définitions qu’on peut trouver vont dans le même sens: Il y a flagrant délit quand une personne est prise sur le fait au moment de son infraction ou immédiatement après si elle est poursuivie par la clameur publique ou si elle est trouvée en possession d’indices (armes, papiers, instruments) montrant sa participation à cette infraction.

Et c’est bien là que le bât blessait ! Flagrant délit? Pour autant qu’on sache, au moment de l’arrestation de Wesphael, le délit n’était pas évident, et si délit il y avait eu, il ne semblait pas qu’on se soit trouvé dans un des cas du délit flagrant !

En tout cas le dossier a fini par atterrir sur le bureau des Chambres concernées.

Et là il faut bien dire que la situation était plutôt curieuse, puisque d’une part, on avait ce qui semblait bien être une arrestation qui avait été irrégulière au moment où cette décision a été prise, mais d’autre part un dossier qui avait évolué et permettait au parquet de demander une levée d’immunité.

Le Parlement wallon aurait pu se contenter de lever l’immunité parlementaire de Wesphael et de laisser la justice se débrouiller avec la question de l’arrestation initiale peut-être irrégulière.

Pourtant le parlement a été plus loin. Il s’est basé sur un article du procureur général Hayoit de Termicourt pour estimer qu’il y avait bien eu flagrant délit. Cet article expose une sorte de test en quatre questions, dont le plus essentiel est de savoir si le fait avait été vu ou entendu par un témoin ou constaté immédiatement par un agent de police judiciaire.

Pas besoin d’être un grand juriste pour voir le problème manifeste que pose cet avis: au moment de son arrestation, les autorités judiciaires avaient, au mieux, de très lourds soupçons sur le fait qu’un délit ou crime avait été commis, mais personne n’a “constaté” la commission de cet acte. Cet avis remplace donc de facto la notion de flagrant délit par une notion du genre: quand on soupçonne très fort qu’un  délit a été commis et qu’on soupçonne très fort une personne de l’avoir commis.

J’ignore pourquoi la Chambre s’est crue obligée de faire cela, alors qu’elle pouvait simplement valider les poursuite et lever l’immunité, mais je crains que cette question ne soit pas vidée. Elle sera certainement encore traitée plus tard, devant les tribunaux, avec la possible mise à néant de certains actes d’instruction.

Mais en tout cas, si on laisse de côté la question délicate de l’arrestation initiale, il ne fait pas de doute que la levée d’immunité de Wesphael devait arriver.

Tout autre est le cas de Laurent Louis.

Comme on le sait, Laurent Louis est un curieux personnage qui est toujours en train de dénoncer des trucs. Un moment il a voulu dénoncer le complot pédophile, ce qu’il a cru pouvoir faire en rendant publiques des pièces du dossier Dutroux (notamment des photos de l’autopsie des petites filles). Il y a aussi un dossier de calomnie vis-à-vis d’un journaliste du Soir, et donc, demande de levée de son immunité.

On peut trouver Laurent Louis grotesque mais il a décidé de la forme qu’il voulait donner à son combat politique. Et c’est dans le cadre de ce combat politique bizarre qu’il a commis ces délits.

Dès lors dans son cas, mon opinion est simple: son immunité ne devrait pas être levée.En 2014, l’électeur aura l’occasion de lui faire savoir ce qu’il pense de ses méthodes et Louis perdra sa belle immunité. Il sera toujours temps alors de lui faire connaitre le prix de la liberté d’expression, à savoir la responsabilité.

Le phantasme du gitan voleur d’enfants

Famille rom, Croatie, 1941 (Commons)

C’était un contrôle de routine dans ce camp de roms, ce 18 octobre, près de Pharsale dans le centre de la Grèce : la police cherchait de la drogue et des armes, mais est interpellée par la présence de cette petite fille blonde aux yeux clairs et par le peu de ressemblance entre elle et ses parents. Ces derniers, un homme de 39 ans et une femme de 40, se perdent un peu dans leurs explications, il faut dire qu’ils ont déclaré beaucoup d’enfants. Ils finissent par dire que l’enfant leur a été confiée par la mère biologique incapable de l’élever. Un test ADN confirme l’absence de lien familial, et c’est là que l’enfer se déchaine.

Dès le 19 octobre, on envisage un trafic d’enfants. Atlantico ne se pose même pas de question: c’est certain, la fillette devait être vendue et en fait, les parents la gardaient pour la vendre en mariage dès ses 12 ans ! Dans le délire raciste, Atlantico fait très fort, puisque pour eux, c’est certain, “son physique – blonde aux yeux bleus – peu commun chez les Roms aurait permis à ses “parents” de récupérer une jolie dot“.

Les medias du monde entier font leur Une sur l’ange blond dont on recherche les parents et certains parents d’enfants disparus croient reconnaitre leur enfant.

Une ONG a beau mettre en garde contre le stéréotype du rom voleur d’enfant, c’est trop tard: en Irlande, deux familles de roms sont brièvement privées de leurs enfants, que les autorités estiment trop différents de leurs parents, enfants qui sont rendus après expertise ADN.

Il faut que les vrais parents, des roms encore plus pauvres,  soient retrouvés pour que l’hystérie se calme et que l’ange blond disparaisse des nouvelles.

Gênés les medias? Sans doute un peu. Atlantico publie une analyse de la criminalisation des roms par une contributrice externe. L’analyse de Télé Moustique est assez dure, et devrait nous pousser à faire un peu d’introspection: comment pouvons nous gober de telles âneries racistes au 21eme siècle?